Temps de travail en Allemagne : le patron de STIHL réclame 40 heures payées comme 35

À un mois de l'ouverture des négociations salariales dans la métallurgie allemande, le patron de STIHL demande aux salariés cinq heures de plus par semaine, pour le même salaire. L'argument avancé n'est pas la productivité individuelle, mais la survie du modèle social allemand.

Ouvriers dans un atelier d'assemblage d'outillage en Allemagne

À un mois de l’ouverture des négociations salariales dans la métallurgie allemande, le patron d’un des industriels familiaux les plus connus du pays met les pieds dans le plat : il demande aux salariés de travailler cinq heures de plus par semaine, pour le même salaire. L’argument n’est pas la productivité individuelle, dit-il, mais la survie du modèle social allemand.

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Temps de travail en Allemagne : ce que réclame le patron de STIHL

Dans une tribune publiée par Euronews en septembre 2026, Nikolas Stihl, président du conseil consultatif (Beirat) de STIHL Holding et président du conseil de surveillance de STIHL AG, formule une demande que peu de dirigeants allemands assument aussi frontalement : porter la durée hebdomadaire du travail à 40 heures, sans compensation salariale.

Sa justification tient en une phrase sur la compétitivité relative de l’industrie allemande.

« Nous n’avons plus l’avantage de productivité par rapport à des concurrents importants, qui justifiait nos coûts de travail élevés. C’est pourquoi je plaide pour relever la durée hebdomadaire du travail à 40 heures, et ce sans compensation salariale. »
— Nikolas Stihl, président du conseil consultatif de STIHL Holding

L’industriel prend soin de désamorcer la lecture morale du débat. « Pour préserver notre prospérité et maintenir des prestations sociales élevées, le volume de travail dans l’ensemble de l’économie doit augmenter », écrit-il, avant de préciser que la discussion « n’est nullement un débat sur la prétendue paresse des salariés ». Le cadrage est macroéconomique : plus d’heures travaillées dans l’économie, donc plus de performance, donc un État-providence finançable.

Un centenaire qui tire la sonnette d’alarme

La voix n’est pas anodine. Fondée en 1926 par Andreas Stihl à Waiblingen, dans le Bade-Wurtemberg, l’entreprise fête cette année son centenaire. Nikolas Stihl en est le petit-fils, troisième génération à la tête du groupe familial. STIHL est, selon ses propres données, la marque de tronçonneuses la plus vendue au monde depuis 1971, avec des sites de production dans huit pays.

En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 5,48 milliards d’euros et employait 20 246 salariés dans le monde au 31 décembre. Ce n’est donc pas une entreprise en difficulté qui parle, mais un industriel exportateur qui décrit la dégradation de son environnement national.

Son constat sur l’économie allemande est brutal : elle est « coincée en mode crise depuis des années ». Il avance que le pays aurait perdu environ 15 % de sa production industrielle en huit ans — un ordre de grandeur qu’il présente comme sa lecture de la situation, et non comme une statistique officielle. En revanche, l’estimation qu’il reprend d’une perte d’environ 15 000 emplois industriels par mois correspond bien au chiffre avancé par la fédération de l’industrie allemande (BDI), cohérent avec les données agrégées de l’Agence fédérale pour l’emploi sur les douze derniers mois.

Le diagnostic : bureaucratie, énergie et coût du travail

Nikolas Stihl reconnaît le poids des facteurs externes — droits de douane américains, politique industrielle chinoise agressive, tensions géopolitiques. Mais il place la responsabilité principale du côté allemand, dans un contexte où l’automobile allemande taille dans ses effectifs : « une économie sur-réglementée, des coûts de l’énergie élevés, un coût du travail élevé, des impôts élevés ainsi qu’un niveau d’éducation et de qualification en baisse ».

Sur le volet administratif, sa demande est précise : supprimer par principe les obligations légales de reporting et ne les maintenir que là où leur nécessité est explicitement justifiée, avec des procédures numérisées et assistées par l’intelligence artificielle. « Si les autorités publiques agissent beaucoup plus clairement comme des prestataires de services pour les citoyens et les entreprises, cela renforce la confiance dans l’Allemagne comme site économique », plaide-t-il.

Quant aux réformes engagées par la coalition fédérale — assurance maladie légale, retraites, fiscalité, marché du travail —, il les juge être « de bons compromis » qui ne suffisent pas à sortir le pays de sa crise structurelle. Et il met en garde contre toute tentation de les « rouvrir », ce qui aurait selon lui des effets désastreux sur la confiance des milieux économiques envers la politique.

Les 35 heures d’IG Metall dans le viseur

Le calendrier donne à cette prise de position une portée qui dépasse la tribune d’opinion. À partir d’octobre 2026 s’ouvre la Tarifrunde de la métallurgie et de l’électrotechnique, qui couvre environ 3,8 millions de salariés. Les accords salariaux en vigueur expirent le 31 octobre 2026 : l’obligation de paix sociale tombe à cette date, ce qui autorise des grèves d’avertissement dès le 1er novembre.

Or, la durée conventionnelle actuelle dans cette branche est de 35 heures en Allemagne de l’Ouest, obtenue par IG Metall au terme d’un cycle de conflits étalé de 1984 à 1995. À l’Est, plusieurs entreprises et régions restent à 38 heures, avec une convergence progressive vers 35 heures en cours. Demander le passage à 40 heures sans compensation revient donc à proposer d’effacer d’un coup l’un des acquis les plus symboliques du syndicalisme industriel allemand — et à le faire à la veille précise de la négociation.

Pour Nikolas Stihl, l’enjeu justifie la méthode : « la coalition gouvernementale, mais aussi les partenaires sociaux, doivent dépasser leurs propres blocages afin d’assumer leurs responsabilités envers l’Allemagne ».

Au-delà des heures : vie active, temps partiel et arrêts maladie

La semaine de 40 heures n’est qu’un levier parmi ceux qu’il énumère pour augmenter le volume de travail global. Il cite également des incitations aux heures supplémentaires, l’allongement de la durée de la vie active — avec des exceptions qu’il qualifie d’équitables pour les métiers physiquement pénibles —, une meilleure mobilisation du potentiel de main-d’œuvre existant (personnes sans emploi, salariés à temps partiel) et l’immigration de travailleurs qualifiés.

Deux propositions touchent directement la protection sociale : le maintien du salaire uniquement à partir du deuxième jour de maladie, et la suppression de l’arrêt maladie délivré par téléphone. Ce sont, dans le débat allemand, les mesures les plus immédiatement contestées par les syndicats, car elles transfèrent un coût du système vers le salarié.

L’industriel assure ne rien vouloir retirer aux salariés et présenter l’ensemble comme un moyen de maintenir la production en Allemagne et de sauvegarder les emplois. Il défend en parallèle un soutien public accru à la recherche et au développement, notamment dans l’IA, la robotique, les biotechnologies, le spatial et les technologies quantiques.

L’essentiel à retenir

Nikolas Stihl, président du conseil consultatif de STIHL Holding et petit-fils du fondateur, réclame le passage à une semaine de 40 heures sans compensation salariale en Allemagne. Sa tribune tombe à quelques semaines de la Tarifrunde de la métallurgie, qui s’ouvre en octobre 2026 pour 3,8 millions de salariés et dont les accords expirent le 31 octobre — date à partir de laquelle des grèves d’avertissement redeviennent possibles. La branche est aujourd’hui à 35 heures à l’Ouest. STIHL, qui fête ses 100 ans, a réalisé 5,48 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 avec 20 246 salariés.

 

Questions fréquentes

Quelle est la durée légale du temps de travail en Allemagne ?

L’Allemagne n’a pas de durée légale hebdomadaire unique comparable aux 35 heures françaises : la durée est fixée par les conventions collectives de branche. Dans la métallurgie et l’électrotechnique, la durée conventionnelle est de 35 heures par semaine en Allemagne de l’Ouest, tandis que l’Est converge progressivement de 38 vers 35 heures.

Que demande exactement le patron de STIHL ?

Nikolas Stihl demande de porter la durée hebdomadaire du travail à 40 heures sans compensation salariale, c’est-à-dire cinq heures supplémentaires par semaine payées au même niveau qu’aujourd’hui. Il y ajoute l’allongement de la vie active, des incitations aux heures supplémentaires et le maintien du salaire seulement à partir du deuxième jour de maladie.

Quand s’ouvrent les négociations salariales de la métallurgie allemande ?

La négociation de branche (Tarifrunde) de la métallurgie et de l’électrotechnique s’ouvre en octobre 2026 pour environ 3,8 millions de salariés. Les accords salariaux en vigueur expirent le 31 octobre 2026, ce qui met fin à l’obligation de paix sociale et rend possibles des grèves d’avertissement dès le 1er novembre.

L’Allemagne perd-elle vraiment 15 000 emplois industriels par mois ?

C’est l’estimation avancée par la fédération de l’industrie allemande (BDI) et reprise par plusieurs médias. Elle est cohérente avec les données agrégées de l’Agence fédérale pour l’emploi, qui font état d’environ 174 000 emplois industriels perdus sur douze mois. Il s’agit d’un rythme d’attrition récent, non d’une norme structurelle.