Un trimestre pour rien. Le 28 août 2026, l’Insee a effacé la petite embellie annoncée un mois plus tôt et ramené la croissance du printemps à zéro. Derrière ce chiffre plat se cachent deux mouvements violents qui se sont annulés — et un pouvoir d’achat qui, lui, décroche franchement.
Sommaire
- Un deuxième trimestre à l’arrêt complet
- Pourquoi l’Insee a révisé ses chiffres à la baisse
- Le commerce extérieur sauve la mise, les stocks l’enfoncent
- Le pouvoir d’achat recule de 0,6 % par unité de consommation
- Les entreprises bloquées à 31,5 % de taux de marge
- Un acquis de croissance de 0,3 % pour 2026
Croissance économique de la France : un deuxième trimestre à l’arrêt complet
Le produit intérieur brut français est resté stable au deuxième trimestre 2026, à +0,0 % en volume, après un premier trimestre en recul de 0,2 %, indique l’Insee dans ses comptes nationaux trimestriels détaillés publiés le 28 août 2026. Sur un an glissant, l’économie française enchaîne donc deux trimestres sans croissance, une séquence qu’elle n’avait plus connue depuis la sortie de la crise énergétique.
Le contraste avec 2025 est net. L’an dernier, le PIB avait progressé de 0,9 % sur l’ensemble de l’année, porté par un troisième trimestre à +0,4 % et un quatrième à +0,3 %. Le retournement s’est produit à l’hiver, avec le trou d’air de -0,2 % au premier trimestre 2026, et le rebond attendu au printemps n’a pas eu lieu.
Pourquoi l’Insee a révisé ses chiffres à la baisse
Le 30 juillet, la première estimation de l’institut donnait un tout autre récit : un PIB en hausse de 0,2 % au deuxième trimestre, après -0,1 % au premier. Un mois plus tard, les deux chiffres ont été rabotés. La révision atteint 0,2 point après arrondi sur le deuxième trimestre (0,13 point avant arrondi) et 0,1 point sur le premier.
L’Insee avance deux explications. D’abord, une production agricole « encore plus dégradée » que ce que laissaient penser les informations disponibles fin juillet — les canicules successives de l’été ont pesé plus lourd qu’anticipé sur les récoltes. Ensuite, les prix dans les services marchands, qui n’étaient pas intégralement connus à cette date, se sont révélés plus dynamiques que prévu, en particulier dans les services de transports. Or des prix plus élevés à valeur nominale identique se traduisent mécaniquement par un volume plus faible.
Le commerce extérieur sauve la mise, les stocks l’enfoncent
Un PIB stable ne signifie pas une économie immobile. Le trimestre a au contraire été traversé par deux forces opposées de grande amplitude. D’un côté, les exportations ont bondi de 2,9 % après une chute de 3,0 % au premier trimestre, un rattrapage tiré notamment par l’aéronautique. Les importations n’ont rebondi que de 1,1 %. Résultat : le commerce extérieur a contribué pour +0,6 point à la croissance, après avoir amputé le PIB de 0,9 point trois mois plus tôt.
De l’autre, les entreprises ont puisé dans leurs stocks : la contribution des variations de stocks est ressortie à -0,7 point, après +0,9 point au premier trimestre. Le mouvement est le miroir exact du précédent, ce qui suggère un simple contrecoup de calendrier plutôt qu’un signal de demande.
| Contribution au PIB (en points) | T4 2025 | T1 2026 | T2 2026 |
|---|---|---|---|
| Demande intérieure finale hors stocks | +0,2 | -0,3 | +0,2 |
| Commerce extérieur | +0,6 | -0,9 | +0,6 |
| Variations de stocks | -0,5 | +0,9 | -0,7 |
| PIB (variation trimestrielle) | +0,3 % | -0,2 % | 0,0 % |
Source : Insee, comptes nationaux trimestriels, 28 août 2026. Données CVS-CJO.
Du côté de la demande intérieure, la consommation des ménages rebondit de 0,3 % après -0,3 %, tirée par les biens fabriqués (+1,5 %), tandis que la consommation d’énergie continue de chuter (-1,7 % après -2,4 %). L’investissement, lui, reste orienté à la baisse : la formation brute de capital fixe recule de 0,3 %, avec un repli marqué dans la construction et un décrochage de 1,1 % pour les administrations publiques.
Le pouvoir d’achat recule de 0,6 % par unité de consommation
C’est le chiffre le plus dur du trimestre. Le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages, ramené par unité de consommation, a reculé de 0,6 % au deuxième trimestre, après -0,2 % au premier. Le revenu disponible brut en euros courants a pourtant continué de progresser (+0,5 %), mais le prix de la consommation des ménages a accéléré plus vite encore (+1,0 % après +0,6 %).
Deux facteurs pèsent : les prestations sociales ralentissent (+0,4 % après +0,6 %) et les impôts et cotisations accélèrent (+0,9 % après +0,5 %), pendant que la masse salariale reste sur un rythme modeste (+0,3 %). Conséquence directe, le taux d’épargne des ménages a plongé de 17,9 % à 17,2 % du revenu disponible brut : les ménages ont maintenu leur consommation en rognant sur leur épargne, pas en gagnant plus.
Les entreprises bloquées à 31,5 % de taux de marge
Le taux de marge des sociétés non financières se stabilise à 31,5 % de la valeur ajoutée, au même niveau qu’au premier trimestre, contre 32,4 % en moyenne sur 2025. L’Insee note qu’il reste pénalisé par les termes de l’échange, avec la hausse des prix mondiaux de l’énergie, un effet compensé par la baisse des salaires réels. Le taux d’autofinancement s’établit à 86,1 %, contre 89,4 % en moyenne l’an dernier.
Sur le front public, le besoin de financement des administrations reste quasi stable à 5,1 % du PIB. Les recettes progressent de 2,1 milliards d’euros, portées par les cotisations sociales et la TVA, mais les dépenses augmentent de 2,5 milliards, sous l’effet de la hausse des intérêts versés et des prestations sociales.
Un acquis de croissance de 0,3 % pour 2026
À mi-année, l’acquis de croissance pour 2026 s’établit à +0,3 % : c’est le niveau qu’atteindrait la croissance annuelle si le PIB restait figé aux deuxième, troisième et quatrième trimestres. Pour approcher la prévision gouvernementale de 0,7 % citée par Les Échos, il faudrait donc que le second semestre imprime nettement, ce que ni l’investissement ni le pouvoir d’achat ne laissent présager en l’état.
L’enjeu dépasse le seul indicateur : une croissance plus faible que prévu, c’est une assiette fiscale plus étroite, donc des recettes moindres et un déficit plus lourd que ce qui a été budgété. Les prochains repères tomberont avec les comptes du troisième trimestre, et surtout avec le comportement des récoltes d’automne après un été de canicules.
Le PIB français est stable au deuxième trimestre 2026 (+0,0 %), après une révision à la baisse de 0,2 point par rapport à la première estimation de juillet, et après un premier trimestre à -0,2 %. Le pouvoir d’achat par unité de consommation recule de 0,6 % et le taux d’épargne tombe à 17,2 %. L’acquis de croissance pour 2026 n’est que de +0,3 % : sans accélération au second semestre, la cible gouvernementale de 0,7 % restera hors d’atteinte, avec un effet mécanique sur les recettes fiscales.
Questions fréquentes
De combien a progressé la croissance économique de la France au deuxième trimestre 2026 ?
Le PIB en volume est resté stable, à +0,0 % par rapport au premier trimestre, selon les comptes nationaux trimestriels publiés par l’Insee le 28 août 2026. Le premier trimestre 2026 affichait, lui, un recul de 0,2 %.
Pourquoi l’Insee a-t-elle revu la croissance à la baisse ?
L’institut invoque deux raisons : une production agricole plus dégradée qu’estimé fin juillet, conséquence des canicules, et des prix plus dynamiques que prévu dans les services marchands, notamment les transports. La révision est de 0,2 point après arrondi sur le deuxième trimestre.
Qu’est-ce que l’acquis de croissance de 0,3 % ?
C’est le taux de croissance annuel que la France atteindrait en 2026 si son PIB restait exactement au niveau du deuxième trimestre pendant les deux trimestres suivants. Il sert de plancher mécanique à la prévision annuelle.
Le pouvoir d’achat des ménages a-t-il baissé ?
Oui. Le pouvoir d’achat du revenu disponible brut par unité de consommation a reculé de 0,6 % au deuxième trimestre 2026, après -0,2 % au trimestre précédent. Le taux d’épargne des ménages est passé de 17,9 % à 17,2 %.






