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Un think tank européen né d’une frustration
Deux ans après avoir remis son rapport sur la compétitivité à la Commission européenne, Mario Draghi a choisi de ne plus attendre. L’ancien président de la Banque centrale européenne a lancé fin août 2026, aux côtés de Patrick Collison, cofondateur de la société de paiement en ligne Stripe, un think tank européen baptisé le « Groupe du Rhin » — Rhine Group dans sa dénomination anglaise. Les deux hommes en assurent la coprésidence.
L’objectif officiel, tel qu’il figure sur le site de l’organisation, tient en une formule volontairement large : examiner les solutions possibles aux défis qui se posent pour l’avenir de l’Europe. La lecture qu’en font les observateurs est plus directe. « La réponse de Draghi au fait que son rapport a certes été bien accueilli mais que personne n’a ensuite cherché à mettre en œuvre ce qu’il proposait », résume auprès des Échos un membre du groupe.
Le lancement a d’ailleurs été « perçu comme une surprise », relève dans le même quotidien Andreas Eisl, chercheur en politique économique européenne à l’Institut Jacques Delors. La méthode est inhabituelle : un ancien banquier central et un entrepreneur de la tech qui montent, hors des institutions, une structure destinée à débloquer une réforme publique.
55 noms, beaucoup de Français, aucun Européen de l’Est
Le groupe rassemble, selon Les Échos, 55 chefs d’entreprise, économistes et responsables politiques décrits comme « de très haut niveau ». Le contingent français y est particulièrement fourni.
| Membre français cité | Fonction |
|---|---|
| Alexis Kohler | Ancien secrétaire général de l’Élysée |
| Bruno Le Maire | Ancien ministre de l’Économie |
| Benoît Coeuré | Président de l’Autorité de la concurrence |
| Philippe Aghion | Économiste, spécialiste de la croissance et de l’innovation |
| Xavier Niel | Homme d’affaires, fondateur de Free |
Une absence saute aux yeux : celle de l’Europe de l’Est. Aucun profil issu des États membres orientaux ne figure dans la composition rendue publique. « C’est surprenant par rapport à la démarche de pure compétitivité européenne », note Andreas Eisl. Le point n’est pas anecdotique : une partie de la base industrielle et des gains de productivité du continent se joue précisément dans ces pays.
« Le déclin n’est pas inévitable, mais c’est la direction dans laquelle nous allons, à moins d’agir de toute urgence. »
— Le Groupe du Rhin, texte de lancement, cité par eunews.it
Ce que demandait le rapport Draghi de 2024
Dévoilé en 2024 à la demande de la Commission européenne, le rapport Draghi a été unanimement salué — et c’est précisément là que réside le problème que le Groupe du Rhin entend traiter. Le document propose une série de mesures destinées à redonner au continent compétitivité et attractivité économique.
Trois axes en constituent la colonne vertébrale : un effort d’investissement massif demandé aux États membres, un transfert de souveraineté supplémentaire vers l’Union européenne, et le recours à un endettement commun européen. Ce sont aussi, sans surprise, les trois points sur lesquels les gouvernements nationaux divergent le plus. L’écart de productivité entre l’Europe et les États-Unis, que le rapport documente longuement, reste le diagnostic de départ.
30 % des recommandations appliquées — mais pas les principales
Le bilan intermédiaire est en demi-teinte. Selon une étude de l’Institut Montaigne citée par Les Échos, 30 % des recommandations du rapport ont déjà été juridiquement mises en œuvre. Le chiffre paraît honorable ; il masque une réalité moins flatteuse. « Les propositions phares n’ont pas beaucoup avancé », tranche Andreas Eisl.
Autrement dit, ce qui relevait de l’ajustement réglementaire est passé ; ce qui suppose un accord politique entre Vingt-Sept est resté au point mort. Les blocages tiennent à des divergences anciennes entre États membres sur le degré d’intégration acceptable — un débat que ni un rapport ni un think tank ne tranchent à eux seuls.
C’est là que le groupe entend intervenir : « mettre en œuvre le rapport Draghi, en trouvant des solutions de réformes innovantes pour que cette transition puisse se faire plus rapidement et dépasser les points de blocage », explique le chercheur de l’Institut Jacques Delors. L’un des membres du groupe va plus loin et y voit, selon Les Échos, la première apparition dans l’histoire européenne d’un véritable gouvernement parallèle chargé de proposer des réformes — une formule qui en dit long sur l’ambition affichée.
S’émanciper de la Commission sans la concurrencer
En créant sa propre structure, Mario Draghi se détache de l’institution qui lui avait commandé son rapport. « Cela lui donne la liberté de décider de la stratégie dans la mise en œuvre », analyse Andreas Eisl. Une liberté de ton, aussi : le groupe n’est tenu par aucun compromis institutionnel.
Bruxelles a officiellement salué la création du Groupe du Rhin, tout en appréciant modérément de ne pas avoir été prévenue. La lecture du chercheur se veut apaisante : « C’est moins une concurrence qu’une volonté de Mario Draghi de multiplier les acteurs pour avancer sur ce qui freine l’application de la réforme. »
Reste l’inconnue centrale, celle de la volonté politique. « Elle existe aujourd’hui, mais elle reste abstraite. Tout l’enjeu de ce groupe sera de réussir à transformer cette volonté pour la concrétiser », résume Andreas Eisl. L’exercice intervient dans un contexte macroéconomique un peu moins sombre qu’attendu, la première économie du continent ayant vu sa croissance du deuxième trimestre révisée à la hausse. Une éclaircie conjoncturelle ne règle pas pour autant le retard structurel que le rapport Draghi entendait corriger.
Mario Draghi et Patrick Collison, cofondateur de Stripe, ont lancé fin août 2026 le Groupe du Rhin, un think tank européen qui réunit 55 personnalités et se donne pour mission de faire appliquer le rapport sur la compétitivité remis à la Commission en 2024. Une étude de l’Institut Montaigne évalue à 30 % la part des recommandations déjà transposées juridiquement, les plus structurantes — endettement commun, transfert de souveraineté — restant bloquées. Aucun membre venu d’Europe de l’Est ne figure dans le groupe, et la Commission européenne n’avait pas été prévenue du lancement.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Groupe du Rhin ?
C’est un think tank européen lancé fin août 2026 par Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, et Patrick Collison, cofondateur de Stripe, qui le coprésident. Son objectif affiché est d’examiner des solutions possibles aux défis qui se posent pour l’avenir de l’Europe, et en pratique de faire avancer les recommandations du rapport Draghi de 2024.
Qui sont les membres du Groupe du Rhin ?
Selon Les Échos, le groupe réunit 55 chefs d’entreprise, économistes et responsables politiques. Parmi les Français cités figurent Alexis Kohler, ancien secrétaire général de l’Élysée, l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire, Benoît Coeuré, président de l’Autorité de la concurrence, l’économiste Philippe Aghion et l’homme d’affaires Xavier Niel. Aucun profil venu d’Europe de l’Est n’y figure.
Que contient le rapport Draghi sur la compétitivité ?
Publié en 2024 pour la Commission européenne, il propose une série de mesures destinées à restaurer la compétitivité et l’attractivité économique du continent : effort d’investissement des États membres, transfert de souveraineté supplémentaire à l’Union européenne et recours à un endettement commun européen.
Quelle part des recommandations du rapport Draghi a été appliquée ?
Une étude de l’Institut Montaigne citée par Les Échos évalue à 30 % la part des recommandations déjà juridiquement mises en œuvre. Les propositions les plus structurantes, celles qui touchent à l’endettement commun et au transfert de souveraineté, n’ont en revanche guère progressé.
Le Groupe du Rhin concurrence-t-il la Commission européenne ?
Officiellement non : la Commission a salué la création du groupe. Elle a toutefois peu apprécié de ne pas avoir été prévenue de l’initiative. Pour le chercheur Andreas Eisl, il s’agit moins d’une concurrence que d’une volonté de multiplier les acteurs capables de faire pression sur les États membres.






