L’essentiel à retenir
- L’Iran envisage d’imposer une taxe de passage sur les câbles internet sous-marins qui traversent le détroit d’Ormuz.
- Au moins six câbles seraient concernés, dont plusieurs co-gérés par des opérateurs européens comme Retelit (Italie) et OTEGLOBE (Grèce).
- Le câble AAE1 (Asia-Africa-Europe-1), qui atterrit à Marseille et Bari, figure parmi les infrastructures visées.
- Selon les estimations relayées par Euronews, Téhéran pourrait en tirer jusqu’à 13 milliards d’euros de revenus potentiels.
- L’industrie subit déjà 150 à 200 incidents de câbles par an, principalement d’origine humaine accidentelle.
Câbles internet à Hormuz : un projet de taxe qui inquiète les opérateurs européens
Selon des informations publiées le 21 mai 2026 par Euronews, les autorités iraniennes étudient l’instauration d’une redevance d’accès sur les câbles internet sous-marins qui traversent le détroit d’Ormuz. Le dispositif imposerait aux opérateurs câbliers de se conformer aux lois iraniennes et de s’acquitter d’un droit de passage pour maintenir leurs infrastructures dans cette zone hautement stratégique.
Le détroit d’Ormuz est un goulot d’étranglement géopolitique connu pour le pétrole. Il l’est nettement moins pour les données numériques. Pourtant, plusieurs câbles à fibre optique traversent ses eaux pour relier l’Asie à l’Europe via le Moyen-Orient. Une éventuelle taxation viendrait grever l’économie d’un réseau dont les marges sont déjà tendues par les besoins d’investissement, et soulèverait un précédent inédit en droit international des télécommunications.
Au moins six câbles concernés, dont plusieurs co-gérés par des Européens
D’après le décompte d’Euronews, au moins six câbles sous-marins passent par la zone d’Ormuz, dont quatre comptent parmi leurs co-propriétaires ou opérateurs des entreprises européennes. Sont notamment citées :
- Retelit (Italie), spécialiste des infrastructures télécoms longue distance ;
- OTEGLOBE (Grèce), filiale d’OTE engagée dans plusieurs consortiums internationaux ;
- Les hyperscalers américains Google, Meta, Microsoft et Amazon, dont les services s’appuient en partie sur des capacités acheminées par cette zone.
Parmi les infrastructures les plus exposées figurent AAE1 (Asia-Africa-Europe-1), qui atterrit notamment à Marseille et à Bari, et le système 2Africa (avec sa branche PEARLS), qui dessert Marseille, Gênes et Barcelone. Toute perturbation du transit dans la zone d’Ormuz remonterait donc directement jusqu’aux atterrages méditerranéens européens.
| Câble / opérateur | Atterrages européens | Statut |
|---|---|---|
| AAE1 (Asia-Africa-Europe-1) | Marseille, Bari | Consortium international |
| 2Africa (branche PEARLS) | Sicile, Gênes, Marseille, Barcelone | Hyperscalers + opérateurs |
| Retelit | Italie (multiples) | Co-propriétaire européen |
| OTEGLOBE | Grèce | Co-propriétaire européen |
Toute perturbation du transit à Ormuz remonte directement jusqu’aux atterrages méditerranéens européens et y produit des pannes en moins d’une heure.
Jusqu’à 13 milliards d’euros pour Téhéran : une équation politique autant qu’économique
Selon les calculs cités par Euronews, l’Iran pourrait tirer jusqu’à 13 milliards d’euros de revenus cumulés d’une telle taxe, à comparer avec les 1,5 million d’euros par opérateur facturés en moyenne pour l’accès aux infrastructures de câbles entre 2000 et 2019. L’écart de magnitude illustre la rupture qu’introduirait Téhéran avec la pratique internationale actuelle.
La référence implicite est l’Égypte, qui prélève déjà des redevances substantielles pour l’atterrissement et le passage des câbles sur son territoire. Mais l’Égypte concentre une part importante du transit Asie-Europe, alors que la zone d’Ormuz – selon les éléments rapportés par Euronews – représenterait moins de 1 % de la capacité internationale mondiale. Un tarif élevé pourrait pousser les opérateurs à contourner physiquement la zone, ce qui rendrait le projet politiquement symbolique mais économiquement contre-productif pour Téhéran.
Un réseau déjà fragilisé : 150 à 200 incidents par an
Le secteur des câbles sous-marins n’a pas attendu cette menace pour vivre sous tension. L’International Cable Protection Committee (IPCC), organisme sectoriel qui représente les opérateurs câbliers à l’échelle mondiale, recense en moyenne 150 à 200 incidents par an, dont 70 à 80 % sont liés à des activités humaines accidentelles : ancres de navires, chaluts, travaux maritimes. La pression géopolitique récente sur les câbles de la Baltique et de la mer Rouge a déjà rappelé combien ces infrastructures restent exposées, malgré leur rôle central pour l’économie numérique européenne.
Le projet iranien, s’il est confirmé, ouvrirait un nouveau front juridique. Plusieurs gouvernements européens devraient se prononcer sur la conformité d’une telle redevance avec le droit international de la mer et avec les usages commerciaux du secteur. À court terme, c’est surtout la signal-value de l’annonce qui pèse : elle rappelle que l’internet européen ne dépend pas seulement de ses centres de données, mais aussi de quelques dizaines de fibres optiques posées à plusieurs centaines de mètres sous des eaux disputées.
Questions fréquentes
Pourquoi l’Iran envisage-t-il de taxer les câbles internet à Hormuz ?
Selon les éléments publiés par Euronews le 21 mai 2026, Téhéran étudie une redevance d’accès et une obligation de conformité aux lois iraniennes pour les câbles sous-marins qui traversent le détroit d’Ormuz, dans un objectif à la fois économique et de souveraineté.
Combien de câbles internet passent par le détroit d’Ormuz ?
Au moins six câbles sous-marins traversent la zone selon Euronews, dont plusieurs sont co-gérés par des opérateurs européens, notamment l’italien Retelit et le grec OTEGLOBE.
Quels câbles européens seraient concernés ?
Les systèmes AAE1 (Asia-Africa-Europe-1, qui atterrit à Marseille et Bari) et 2Africa (branche PEARLS, qui dessert Gênes, Marseille et Barcelone) sont parmi les infrastructures les plus exposées.
Combien Téhéran pourrait-il gagner avec cette taxe ?
Selon les estimations relayées par Euronews, l’Iran pourrait tirer jusqu’à 13 milliards d’euros de revenus cumulés de cette taxe, à comparer à l’environ 1,5 million d’euros par opérateur facturés historiquement pour l’accès aux câbles.
Combien d’incidents de câbles sous-marins surviennent chaque année ?
L’International Cable Protection Committee (IPCC) recense entre 150 et 200 incidents par an dans le monde, dont 70 à 80 % sont liés à des activités humaines accidentelles comme les ancres ou les chalutages.






