Engie en passe de quitter l’éolien offshore américain : Washington rembourse les baux, Paris encaisse

Après TotalEnergies, c'est au tour d'Engie de tourner le dos à l'éolien offshore aux États-Unis. La coentreprise Ocean Winds, détenue à parts égales avec EDP Renewables, a obtenu de l'administration Trump le remboursement de deux baux pour un total proche de 885 millions de dollars.

Engie offshore wind aux États-Unis : un retrait quasi total négocié avec Washington

Le 27 avril 2026, le ministère de l’Intérieur américain (DOI) a annoncé l’abandon de deux projets d’éolien en mer impliquant la coentreprise Ocean Winds, détenue à parts égales par Engie et le portugais EDP Renewables. Selon les termes diffusés à Washington, le projet Bluepoint Wind (2,4 GW dans le New York Bight) donne lieu à un remboursement de 765 millions de dollars à ses titulaires, et le projet Golden State Wind (2 GW au large de la Californie) à un remboursement d’environ 120 millions de dollars.

Ces deux remboursements, qui totalisent environ 885 millions de dollars, sont assortis de la même contrepartie : les fonds reversés doivent être réinvestis dans des infrastructures gazières et pétrolières aux États-Unis. Pour Bluepoint, c’est le consortium Global Infrastructure Partners (GIP) qui doit redéployer la somme dans des projets de gaz naturel liquéfié (GNL).

Le troisième projet d’Engie aux États-Unis, SouthCoast Wind — 2,4 GW au large du Massachusetts — n’est pas inclus dans cette annonce. Une cour fédérale américaine avait validé en novembre 2025 le droit du Bureau of Ocean Energy Management (BOEM) à réévaluer son autorisation, ce qui maintient le projet en suspens dans une procédure distincte.

Catherine MacGregor : « Discussions are ongoing »

Lors d’une rencontre avec la presse rapportée par Reuters, la directrice générale d’Engie Catherine MacGregor avait confirmé en avril 2026 que des discussions étaient en cours avec l’administration Trump sur l’avenir des baux offshore. Engie a parallèlement passé en pause ses trois projets américains et passé des charges de dépréciation sur Ocean Winds.

« Discussions are ongoing to see if an agreement is possible. »

— Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, à la presse en avril 2026

La position défendue par la dirigeante reste celle d’un soutien à la filière : « Économiquement et en matière d’acceptabilité, je crois fortement à l’éolien en mer », a-t-elle estimé. Mais elle a ajouté que sans un cadre politique clair, « les nouveaux projets d’éolien offshore resteront compliqués, indépendamment de l’administration en place ».

TotalEnergies a ouvert la voie un mois plus tôt

Le précédent qui a façonné le deal Engie remonte à fin mars 2026, lorsque TotalEnergies a annoncé la récupération d’environ 928 millions de dollars auprès de l’administration américaine, en échange de l’abandon de deux projets d’éolien en mer (au large de New York et de la Caroline du Nord). Là encore, l’argent récupéré devait être réinvesti dans des projets de GNL aux États-Unis.

Cet accord avait été présenté par la Maison-Blanche comme une victoire dans sa stratégie de désengagement de l’éolien offshore — une filière dont Donald Trump dénonce la rentabilité depuis le début de son second mandat. Pour les majors européennes, il offre un point d’atterrissage négocié : récupérer une partie des sommes engagées plutôt que de les laisser piégées dans des baux dont l’horizon de développement s’éloigne.

Projet Capacité Localisation Remboursement annoncé
Bluepoint Wind (Engie / EDPR) 2,4 GW New York Bight 765 M$
Golden State Wind (Engie / EDPR) 2 GW Côte californienne ~120 M$
SouthCoast Wind (Engie / EDPR) 2,4 GW Massachusetts En suspens (procédure BOEM)
TotalEnergies (deux projets) >4 GW NY + Caroline du Nord 928 M$

Un précédent qui inquiète les démocrates au Congrès

L’arrangement TotalEnergies a déclenché en mars une demande d’explications publique d’Alexandria Ocasio-Cortez et Edward Markey, deux élus démocrates qui réclament à l’administration la justification légale du recours à des fonds fédéraux pour racheter des baux qui n’avaient pas, à l’origine, de clause de résiliation prévue à ce stade. La déclinaison Engie pourrait raviver ce débat.

Au-delà du cas américain, Engie maintient officiellement un objectif de 95 GW de capacité renouvelable installée à l’horizon 2030, contre environ 53 GW fin 2025. Le groupe redéploie une partie de ses investissements vers l’Europe, où les régimes d’enchères restent stables — notamment en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni — et vers le solaire et l’éolien terrestre, plus rapides à raccorder.

L’essentiel à retenir

L’administration Trump rembourse à Engie et EDP Renewables environ 885 millions de dollars pour annuler deux baux d’éolien offshore aux États-Unis (Bluepoint Wind, 765 M$, et Golden State Wind, ~120 M$). Les fonds doivent être réinvestis dans des infrastructures gazières. Le précédent TotalEnergies à 928 M$, scellé en mars 2026, inspire le mécanisme. Le troisième projet d’Engie, SouthCoast Wind au Massachusetts, reste en procédure distincte. La directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, redirige les capitaux vers les renouvelables européennes.

 

Questions fréquentes sur Engie et l’éolien offshore aux États-Unis
Quel montant Engie va-t-elle récupérer pour ses baux offshore américains ?

Le ministère américain de l’Intérieur a annoncé le 27 avril 2026 un remboursement de 765 millions de dollars pour le projet Bluepoint Wind et d’environ 120 millions de dollars pour Golden State Wind, soit environ 885 millions de dollars au total partagés entre Engie et son partenaire EDP Renewables.

Pourquoi Engie abandonne-t-elle ses projets d’éolien offshore aux USA ?

L’administration Trump a pris une orientation hostile à l’éolien offshore depuis 2025, allant jusqu’à révoquer des autorisations fédérales. La directrice générale Catherine MacGregor a déclaré que sans visibilité politique, le développement de nouveaux projets « reste compliqué indépendamment de l’administration ».

Qu’est-ce qu’Ocean Winds ?

Ocean Winds est une coentreprise détenue à parts égales (50/50) par Engie et le portugais EDP Renewables. Elle développe des projets d’éolien offshore dans plusieurs pays, dont les États-Unis, où elle pilote SouthCoast Wind (Massachusetts), Bluepoint Wind (New York) et Golden State Wind (Californie).

Qu’est-ce que prévoit l’accord similaire avec TotalEnergies ?

En mars 2026, TotalEnergies a obtenu environ 928 millions de dollars de l’administration Trump pour abandonner deux projets d’éolien offshore (New York et Caroline du Nord), à condition de réinvestir les sommes dans des infrastructures de GNL aux États-Unis.