Primark bientôt coté en bourse : Associated British Foods annonce sa scission

Le groupe britannique Associated British Foods (ABF) a officialisé le 21 avril 2026 la séparation de sa filiale de mode Primark de ses activités alimentaires. Une opération d’envergure qui aboutira à deux entités indépendantes cotées à la Bourse de Londres, avec une finalisation attendue d’ici fin 2027.

Une décision attendue depuis plusieurs mois

La rumeur courait depuis au moins novembre 2025. ABF a finalement tranché : Primark, la chaîne de vêtements à bas prix, sera séparée des activités agroalimentaires pour former deux sociétés cotées indépendantes. Le groupe alimentaire conservera le nom Associated British Foods, tandis que Primark deviendra une entité autonome listée au London Stock Exchange.

L’annonce a été faite lors de la publication des résultats semestriels du groupe, dans un contexte de performances décevantes : le bénéfice avant impôts a reculé de 8,7 % pour s’établir à 632 millions de livres sterling, tandis que le bénéfice d’exploitation a chuté de 19 % à 691 millions de livres. Le chiffre d’affaires semestriel s’est inscrit en léger repli à 9,47 milliards de livres. En réaction, l’action ABF a perdu 3,5 % à la Bourse de Londres dans la séance du 21 avril.

Deux géants cotables au FTSE 100

L’opération donnera naissance à deux entreprises d’envergure comparable. Primark affiche un chiffre d’affaires annuel d’environ 9,5 milliards de livres sterling, contre 9,8 milliards pour la branche alimentaire (sucre, céréales, épicerie et ingrédients). Les deux entités devraient intégrer le FTSE 100, l’indice des cent plus grandes capitalisations boursières de Londres, compte tenu de leur taille respective.

Côté gouvernance, les contours sont déjà tracés : Eoin Tonge prendra la tête de Primark en tant que directeur général, tandis que George Weston dirigera la branche alimentaire. Michael McLintock, l’actuel président d’Associated British Foods, restera en fonction jusqu’à la finalisation de l’opération. La scission bénéficie du soutien de Wittington Investments, principal actionnaire du groupe.

Le modèle fast fashion low cost de Primark, qui table sur des prix bas et des volumes élevés, est directement affecté par le ralentissement des dépenses discrétionnaires.

Le coût de la séparation

Scinder un conglomérat centenaire n’est pas sans frais. ABF estime les dis-synergies annuelles à moins de 45 millions de livres sterling — c’est-à-dire les économies d’échelle perdues du fait de la séparation. Les coûts exceptionnels liés à l’opération elle-même sont évalués à environ 75 millions de livres. Ces chiffres, jugés maîtrisés par les analystes, reflètent la relative indépendance opérationnelle que Primark a toujours maintenue au sein du groupe.

ABF a maintenu son dividende intermédiaire à 20,7 pence par action, signalant sa volonté de rassurer les actionnaires sur la continuité du retour aux actionnaires pendant la période de transition.

Primark face à un marché de consommation fragilisé

La décision de scission intervient dans un contexte de pression accrue sur la consommation en Europe. Les analystes de Jefferies soulignent que les clients à faibles revenus — le cœur de cible de Primark — subissent de plein fouet les effets de l’inflation persistante et des tensions géopolitiques sur le pouvoir d’achat. Le modèle « fast fashion low cost » de Primark, qui table sur des prix bas et des volumes élevés, est directement affecté par le ralentissement des dépenses discrétionnaires.

Primark, fondée en 1969 à Dublin, s’est développée en refusant le e-commerce — un pari atypique dans le secteur. Elle compte aujourd’hui plus de 400 magasins dans une quinzaine de pays, principalement en Europe, avec une implantation croissante aux États-Unis. Son indépendance boursière lui permettrait de lever des capitaux en direct pour financer son expansion internationale, sans compétition interne avec les activités alimentaires d’ABF.

Enjeux pour le retail européen

La future cotation de Primark sera suivie de près par les acteurs du retail européen. Une valorisation en bourse de la chaîne donnerait un étalon précieux pour un secteur où les entrées en bourse restent rares. Elle mettra également en lumière la viabilité du modèle « brick and mortar sans e-commerce » à une époque où le commerce en ligne progresse structurellement.

Pour ABF, la scission marque la fin d’un conglomérat constitué progressivement depuis les années 1930. L’argument managarial est classique : des entreprises spécialisées, dotées d’une direction et d’une stratégie dédiées, créent davantage de valeur à long terme que des groupes diverséfiés où les logiques industrielles peuvent diverger. La décision finale du conseil d’administration est attendue avant fin avril 2026, avec une exécution de l’opération d’ici fin 2027.