SAMP/T NG : Thales et MBDA signent leur premier contrat export avec le Danemark

Six mois après avoir été sélectionné face au Patriot américain, le système de défense aérienne franco-italien SAMP/T NG vient d’être officiellement contractualisé avec le Danemark. Une première à l’export pour Eurosam, la coentreprise formée par Thales et MBDA, et un signal fort pour l’industrie de défense européenne.

Un contrat qui consacre la défense aérienne européenne

Le ministère de la Défense danois et Eurosam — la coentreprise associant le français Thales et le missilier franco-britannique MBDA — ont signé ce mercredi 22 avril 2026 le premier contrat export du système SAMP/T NG (Sol-Air Moyenne Portée/Terrestre Nouvelle Génération). C’est l’OCCAR (Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement) qui coordonne l’opération côté européen.

La décision danoise avait été annoncée en septembre 2025 à l’issue d’un appel d’offres ayant mis en compétition douze systèmes, dont le Patriot MIM-104 américain. En choisissant exclusivement des équipements européens — SAMP/T NG, VL MICA et Mistral 3 (tous deux de MBDA) ainsi que les radars GM200 MM/C (Thales) — Copenhague a opté pour une logique d’autonomie stratégique et d’interopérabilité au sein de l’OTAN.

Que fait concrètement le SAMP/T NG ?

Le SAMP/T NG est un système mobile capable d’intercepter simultanément plusieurs types de menaces aériennes : missiles balistiques de moyenne portée, aéronefs conventionnels et drones. Son principal atout technologique est le radar Ground Fire — un radar à antenne active (AESA) développé par Thales, capable de couvrir 360° jusqu’à 400 km, avec un taux de rafraîchissement d’une seconde. Ce radar, dont la production en série a démarré début 2025, constitue le cœur du système.

Le missile intercepteur est fourni par MBDA. Ensemble, ils forment une architecture ouverte pensée pour s’intégrer aux réseaux de commandement OTAN, ce qui facilite l’interopérabilité entre alliés.

« Thales est honoré par la confiance des autorités danoises. Les forces armées danoises bénéficieront d’un système de pointe garantissant la protection de leur espace aérien et contribuant à la défense des pays européens et de l’OTAN. »

— Hervé Dammann, vice-président chargé des systèmes terrestres et aériens, Thales

Le Danemark investit massivement dans sa défense aérienne

La commande s’inscrit dans un contexte de réarmement accéléré. Copenhague a créé un fonds d’accélération de 6,7 milliards d’euros dédié au renforcement de ses capacités militaires, en réponse aux tensions géopolitiques persistantes en Europe. Le Danemark souhaitait combler un vide critique : il disposait de radars, mais n’avait plus d’effecteurs sol-air depuis le retrait de ses anciens systèmes.

L’acquisition du SAMP/T NG vient compléter un panier multi-systèmes. Deux unités de tir VL MICA sont attendues opérationnelles d’ici la fin 2026. Le Mistral 3, efficace contre drones et hélicoptères, fait l’objet d’un achat conjoint avec d’autres pays de l’OTAN. Avec le SAMP/T NG, le Danemark couvre désormais l’ensemble du spectre de menaces aériennes, des drones tactiques jusqu’aux missiles balistiques.

Une percée stratégique pour Thales et MBDA

Pour Thales, c’est la validation commerciale d’une décennie de développement. « Thales est honoré par la confiance des autorités danoises. Les forces armées danoises bénéficieront d’un système de pointe garantissant la protection de leur espace aérien et contribuant à la défense des pays européens et de l’OTAN », a déclaré Hervé Dammann, vice-président en charge des systèmes terrestres et aériens chez Thales.

Les analystes d’Oddo BHF avaient qualifié la sélection danoise de « première percée clé » pour le programme SAMP/T NG, ouvrant la voie à une montée en cadence industrielle. La signature effective du contrat confirme cette dynamique. Le Danemark devient ainsi le premier client export du système, après son déploiement par les armées française et italienne.

Pour l’industrie de défense européenne, cet accord illustre une tendance structurelle : plusieurs pays de l’OTAN font désormais le choix d’équipements européens plutôt qu’américains pour leur défense aérienne, valorisant la souveraineté technologique et l’interopérabilité entre alliés.

Un signal pour l’export européen de défense

L’enjeu économique dépasse le seul Danemark. Ce contrat pourrait constituer une référence commerciale décisive pour la diffusion du SAMP/T NG auprès d’autres clients potentiels en Europe. Plusieurs pays membres de l’OTAN examinent le renouvellement de leurs capacités sol-air à moyen terme, notamment en Europe centrale et dans les pays baltes.

Côté industriel, la montée en cadence du SAMP/T NG représente un levier de croissance significatif pour les deux groupes. MBDA, dont le carnet de commandes a atteint des niveaux records depuis 2022, voit dans cette contractualisation la confirmation d’un cycle long de renouvellement des systèmes de défense aérienne sur le continent. Pour Thales, dont la division défense représente plus de la moitié du chiffre d’affaires, le radar Ground Fire est désormais un produit phare à fort potentiel à l’export.