Fraude au virement bancaire : la Banque de France lance son fichier national des IBAN suspects

La Banque de France lance le 7 mai 2026 un fichier national des IBAN frauduleux. Objectif : permettre aux banques de partager leurs alertes sur les comptes suspects, pour lutter contre 245 millions d'euros de fraude par manipulation recensés au premier semestre 2025.

L’essentiel à retenir

  • La Banque de France lance le 7 mai 2026 un fichier national des IBAN suspects
  • 225 établissements financiers et fintechs seront progressivement raccordés
  • La fraude par manipulation a pesé 245 millions d’euros au S1 2025 (40 % de la fraude totale)
  • Le dispositif anticipe le futur règlement européen PSR et la directive DSP3

Fraude au virement bancaire : 245 millions d’euros de pertes au premier semestre 2025

La fraude par manipulation financière reste un fléau coûteux. Selon les derniers chiffres de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France, ce type de fraude a représenté 245 millions d’euros au premier semestre 2025, soit 40 % de la valeur totale de la fraude aux moyens de paiement. Les escroqueries au faux RIB, aux faux conseillers bancaires et aux virements détournés continuent de prospérer malgré les outils de détection déjà déployés.

C’est dans ce contexte que la Banque de France s’apprête à franchir une nouvelle étape. En application de la loi Labaronne du 6 novembre 2025, une plateforme nationale de partage d’informations sur les comptes suspects entrera en service le 7 mai 2026. Les grands groupes bancaires et de nombreux prestataires de services de paiement (PSP) y seront raccordés dès le lancement.

Un fichier national des IBAN frauduleux dès le 7 mai

Ce fichier, appelé fichier des identifiants de comptes bancaires (IBAN) frauduleux (FIAB), permettra aux établissements financiers de signaler et de consulter les identifiants de comptes soupçonnés d’être frauduleux. Une avancée notable : jusqu’à présent, le secret bancaire empêchait les banques de partager ces alertes entre elles, même lorsqu’un compte était manifestement utilisé pour collecter des fonds issus d’arnaques.

Le fonctionnement est clair : si une banque détecte qu’un de ses comptes est utilisé pour recevoir des fonds issus d’escroqueries, elle peut le signaler dans la base centrale. Ses confrères peuvent ensuite consulter cette information avant d’autoriser un virement vers ce compte. L’établissement teneur du compte suspect doit vérifier « sans délai » la légitimité de l’alerte.

Nous anticipons un effet direct sur la fraude au virement, dès les premiers jours. Et celui-ci ne pourra que grandir lorsqu’il y aura un lien avec un dispositif européen plus large.

— Clément Bourgeois, chef adjoint du service des moyens de paiement scripturaux, Banque de France

225 établissements raccordés, avec un risque de faux positifs à surveiller

Ce sont 225 établissements financiers et fintechs qui seront progressivement connectés à la plateforme. La Banque de France conserve un rôle de supervision — elle contrôlera que les établissements réagissent dans des délais raisonnables — sans intervenir dans les décisions de blocage, qui restent à la discrétion de chaque banque.

Certains acteurs, notamment les néobanques et fintechs proposant l’ouverture de compte en ligne, expriment toutefois des inquiétudes sur le risque de faux positifs. « Le risque de déclarations contenant des cas de faux positifs et la discrimination des IBAN de certains établissements font partie des inquiétudes de nos clients », souligne Arthur Legourd, fondateur de Qombo, qui accompagne les acteurs du paiement dans leur conformité réglementaire. La Banque de France assure avoir prévu des mécanismes de contrôle pour limiter ces effets indésirables.

Le FIAB vient également compléter le mécanisme de Vérification du bénéficiaire (VOP), entré en vigueur le 9 octobre 2025, qui oblige les banques de la zone euro à vérifier la cohérence entre le nom du bénéficiaire et l’IBAN avant tout virement. Les deux dispositifs sont complémentaires : le VOP intervient avant le virement, le FIAB identifie les comptes déjà utilisés à des fins frauduleuses.

La France anticipe le règlement européen sur les services de paiement

Ce dispositif national n’est pas isolé : il s’inscrit dans une dynamique réglementaire européenne plus large. Le futur règlement sur les services de paiement (PSR) et la révision de la directive sur les services de paiement (DSP3), en cours de finalisation à Bruxelles, prévoient la mise en place d’une plateforme similaire à l’échelle de toute la zone euro dans les prochaines années. La France anticipe ainsi ce cadre commun, en testant dès 2026 une architecture destinée à devenir un standard européen.

À plus court terme, le projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, pourrait élargir l’accès au fichier à certaines administrations publiques, sans pour autant leur permettre d’y ajouter des entrées. La lutte contre la fraude au virement bancaire entre dans une nouvelle phase, résolument plus collective.

Questions fréquentes sur le fichier IBAN frauduleux

Qu’est-ce que le fichier FIAB et comment fonctionne-t-il ?

Le FIAB (Fichier des identifiants de comptes bancaires frauduleux) est une plateforme nationale hébergée par la Banque de France. Elle permet aux banques et PSP de signaler des IBAN suspects et de consulter les alertes de leurs confrères, pour mieux protéger leurs clients contre la fraude aux virements.

Un compte signalé est-il automatiquement bloqué ?

Non. La Banque de France ne porte pas de jugement sur le caractère frauduleux d’un compte. C’est à l’établissement teneur du compte de vérifier l’alerte et de décider des suites à donner. Le signalement ne déclenche pas de blocage automatique.

Ce dispositif existe-t-il dans d’autres pays européens ?

Des mécanismes similaires existent déjà au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. La France anticipe le futur règlement européen PSR, qui prévoira la généralisation d’un tel système à l’ensemble de la zone euro.