Prix pétrole et gaz en Europe : durablement élevés même après la trêve Iran

Un cessez-le-feu qui ne règle pas la crise énergétique

Deux semaines de trêve. C’est ce que les États-Unis et l’Iran ont conclu début avril 2026, après six semaines d’un conflit qui a bouleversé les marchés mondiaux de l’énergie. L’annonce a immédiatement fait plonger le baril de Brent, qui est retombé dans une fourchette de 93 à 96 dollars — contre un pic estimé à plus de 110 dollars en pleine crise. Mais cette détente ne doit pas faire illusion.

Pour les consommateurs et les entreprises européens, les prix de l’énergie resteront sensiblement au-dessus de leur niveau d’avant-guerre pendant de longs mois encore. L’Agence internationale de l’énergie a été la première à le dire : le conflit au Moyen-Orient a provoqué « la plus importante perturbation de l’offre de l’histoire du marché pétrolier mondial ». On ne répare pas une telle perturbation en deux semaines de trêve.

Pétrole et gaz : les chiffres de la crise

Pour mesurer l’ampleur du choc, il faut revenir aux données brutes. Avant le déclenchement du conflit, fin février 2026, le Brent s’échangeait autour de 72 dollars le baril. Le prix du gaz naturel (TTF) flirtait avec les 35,5 €/MWh — un niveau déjà élevé, mais gérable pour l’industrie européenne.

La guerre a tout changé. Le gaz a culminé à 61,93 €/MWh le 19 mars, soit une hausse de près de 75 % en trois semaines. Le pétrole a bondi bien au-dessus des 100 dollars. Même après la détente due au cessez-le-feu, le TTF se maintient autour de 44 €/MWh — soit 25 % au-dessus de son niveau d’avant-guerre.

Indicateur Avant-guerre (fév. 2026) Pic de crise Après cessez-le-feu
Brent (pétrole) ~72 $/baril >110 $/baril ~93–96 $/baril
TTF (gaz naturel) 35,5 €/MWh 61,93 €/MWh (19 mars) ~44 €/MWh
Essence à la pompe Référence +10 à 20 cts/litre Baisse attendue sous 48h

Pour le consommateur européen, la traduction est simple : une augmentation de 10 dollars du baril de Brent ajoute 3 à 6 centimes d’euro par litre d’essence à la pompe. Le retour au niveau d’avant-guerre supposerait une baisse du Brent d’encore 20 à 25 dollars — un scénario que peu d’analystes jugent réaliste à court terme.

Pourquoi les prix ne peuvent pas baisser rapidement

La réponse est structurelle. Le conflit a endommagé plus de 40 infrastructures énergétiques clés dans la région du Golfe, selon l’Agence internationale de l’énergie. Ces installations — terminaux de GNL, pipelines, raffineries, plateformes de production — ne se réparent pas du jour au lendemain.

La situation du gaz naturel liquéfié (GNL) est particulièrement préoccupante pour l’Europe. Le continent s’est lourdement appuyé sur le GNL pour remplacer le gaz russe depuis 2022, et il dépend désormais de ces importations pour 40 % de sa consommation gazeuse. Or, certaines installations de production dans le Golfe ont subi des dommages dont la réparation complète pourrait prendre plusieurs années.

À cela s’ajoutent trois facteurs qui maintiennent les prix élevés même en période de trêve :

  • Les primes d’assurance maritime : les assureurs ont massivement relevé leurs tarifs pour les tankers traversant le Golfe. Même sans combats actifs, ces primes restent élevées tant que la stabilité régionale n’est pas garantie dans la durée.
  • L’incertitude sur la trêve : deux semaines d’armistice ne suffisent pas à rassurer les marchés. Les traders appliquent toujours une prime de risque géopolitique aux prix de l’énergie.
  • La concurrence asiatique : l’Europe achète son GNL sur un marché mondial où l’Asie rivalise à prix fort, ce qui soutient structurellement les prix.

Un paradoxe européen : l’UE est exposée sans dépendre directement d’Ormuz

Un fait souvent méconnu : l’Union européenne n’importe que 4 % environ de son pétrole via le détroit d’Ormuz. Elle s’approvisionne principalement auprès de la Norvège, des États-Unis (environ 15 %), du Kazakhstan et d’autres fournisseurs diversifiés. Pourtant, la crise la frappe de plein fouet.

Pourquoi ? Parce que le pétrole est une commodité mondiale à prix unique. Quand le Brent monte, le prix du baril acheté en Norvège ou en Arabie Saoudite monte aussi. L’Europe ne peut pas se soustraire à la dynamique mondiale des marchés de l’énergie, même quand ses propres routes d’approvisionnement sont moins exposées.

Pour l’électricité, le mécanisme est encore plus direct. Dans de nombreux pays européens, le prix du mégawattheure est fixé par la source de production la plus coûteuse — souvent le gaz. Quand le gaz flambe, l’électricité suit, même si une centrale solaire ou nucléaire produit à coût marginal quasi nul.

Ce qu’ont dit les responsables européens

Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, n’a pas utilisé de formules rassurantes. « Même si la paix revenait demain, nous ne retrouverons pas le cours normal des choses », a-t-il déclaré. Sa mise en garde synthétise la position officielle de Bruxelles : la trêve est une bonne nouvelle, mais elle ne résout pas le problème structurel.

Andrei Covatariu, analyste à l’Atlantic Council, a été encore plus précis : « Des prix supérieurs à 40 €/MWh constituent un scénario plausible à court terme après un accord » — soit près du double du niveau « normal » de 2023-2024 pour le gaz européen.

Sur le plan des mesures d’urgence, l’AIE a coordonné en mars le déblocage de 400 millions de barils de réserves stratégiques pour atténuer la pression sur les marchés. Plusieurs États membres de l’UE étudient également des taxes sur les superprofits des compagnies pétrolières, ainsi que des mécanismes de plafonnement des prix.

Quelles perspectives pour l’été et l’hiver ?

L’été 2026 sera une période décisive. L’Europe doit reconstituer ses stocks de gaz avant l’hiver — une opération qui commence traditionnellement au printemps. Or, les stockages sont descendus à des niveaux historiquement bas en mars : environ 30 % selon les données de Gas Infrastructure Europe, contre des niveaux supérieurs à 50 % à la même période en 2025.

Si la trêve tient et que le détroit d’Ormuz reste partiellement ouvert, l’Europe dispose de quelques mois pour remplir ses stockages. Mais dans un marché mondial du GNL sous tension, avec une concurrence asiatique intense et des infrastructures de production partiellement endommagées, les prix de remplissage resteront élevés.

Le scénario le plus probable, selon les analystes consultés par Euronews : le Brent se stabilise entre 85 et 100 dollars dans les prochains mois — soit un niveau « normalisé » de crise, environ 20 dollars au-dessus du niveau d’avant-guerre. Pour le gaz, le TTF devrait osciller autour de 40 à 50 €/MWh jusqu’à la fin de l’année.

L’essentiel à retenir

Le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, annoncé début avril 2026, a fait chuter le Brent de ~15 % en quelques jours, mais les experts et les responsables européens s’accordent à dire que les prix du pétrole et du gaz resteront durablement élevés. Plus de 40 infrastructures énergétiques ont été endommagées dans le Golfe, et la reconstruction des capacités de production prendra au minimum plusieurs années. Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, l’a dit clairement : « Même si la paix revenait demain, nous ne retrouverons pas le cours normal des choses. »

 

FAQ — Prix de l’énergie en Europe après la trêve Iran

Pourquoi les prix du pétrole ne baissent-ils pas davantage malgré le cessez-le-feu ?

Parce que le cessez-le-feu n’a été annoncé que pour deux semaines, et que les marchés restent prudents. Les infrastructures énergétiques endommagées (plus de 40 dans le Golfe) ne peuvent être réparées en quelques jours. De plus, les primes d’assurance maritime restent élevées, et la demande mondiale de pétrole n’a pas diminué.

Quel est l’impact sur la facture d’électricité des ménages européens ?

L’impact dépend du mix énergétique du pays. Dans les pays où l’électricité est en grande partie fixée par le prix du gaz (Allemagne, Italie, Espagne), la hausse peut représenter plusieurs dizaines d’euros par mois sur la facture. Les pays avec beaucoup de nucléaire (France) ou d’hydraulique sont moins exposés, mais pas immunisés.

Quand les prix de l’énergie pourraient-ils revenir à leurs niveaux d’avant-guerre ?

Les experts estiment qu’un retour aux niveaux de février 2026 est peu probable avant au moins un à deux ans. La reconstruction des infrastructures dans le Golfe, la reconstitution des stocks européens et la stabilisation des primes d’assurance maritime prennent du temps. Un Brent à 85-100 dollars est le scénario central pour 2026-2027.

L’Europe dépend-elle vraiment du pétrole du Golfe ?

Directement, non : l’UE n’importe que 4 % environ de son pétrole via le détroit d’Ormuz. Mais comme le pétrole est une commodité mondiale à prix unique, la hausse des cours dans le Golfe se répercute sur tous les fournisseurs. Pour le GNL, l’exposition est plus directe : le Qatar fournit une partie des importations gazières européennes.