Goldman Sachs vient de mettre 2,25 milliards de dollars sur un segment que le grand public connaît mal : les ETF gérés activement. C’est sa deuxième acquisition en un an dans ce domaine. De ce côté-ci de l’Atlantique, le même marché grossit vite — mais il part de si loin qu’il ne pèse encore que 3,4 % des encours européens.
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ETF actifs : ce que Goldman Sachs achète avec Neos Investments
Un ETF actif est un fonds coté en Bourse — donc négociable en continu comme une action — mais dont le portefeuille est piloté par des gérants au lieu de répliquer mécaniquement un indice. C’est l’hybride entre la gestion traditionnelle et l’enveloppe qui a fait le succès de la gestion passive.
Goldman Sachs va verser jusqu’à 2,25 milliards de dollars, en numéraire et en actions, pour racheter Neos Investments, un émetteur américain spécialisé dans les ETF de rendement. Le prix final dépendra de l’atteinte d’objectifs de performance, et la finalisation est attendue au premier trimestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.
Neos gère près de deux douzaines d’ETF de rendement construits autour de contrats d’options — des fonds conçus pour distribuer des revenus élevés aux investisseurs, ce qui explique leur popularité récente. Goldman Sachs chiffre à 30 milliards de dollars les encours d’ETF de rendement actifs apportés par Neos ; Bloomberg évalue de son côté l’ensemble de ses fonds à environ 32 milliards de dollars d’actifs.
Ces encours s’ajouteront aux 40 milliards de dollars de solutions ETF de Goldman Sachs Asset Management. Résultat : la plateforme combinée hissera la banque parmi les huit premiers fournisseurs d’ETF actifs au monde. Au 30 juin 2026, l’ensemble formé par Goldman Sachs Asset Management, sa division Innovator et Neos gérait déjà plus de 130 milliards de dollars d’actifs d’ETF. Toute l’équipe de Neos rejoindra le groupe, ses cofondateurs Troy Cates et Garrett Paolella devenant associés au sein de la division de gestion d’actifs.
Une stratégie d’acquisitions en série
L’opération n’est pas isolée. L’an dernier, Goldman Sachs avait déjà conclu un accord à 2 milliards de dollars pour racheter Innovator Capital Management, un autre spécialiste des fonds bâtis sur des stratégies d’options. En additionnant Innovator, Neos et sa propre gamme, la banque se dote d’une franchise cohérente sur ce créneau précis.
La logique est celle de la diversification des revenus. La division de gestion d’actifs et de patrimoine du groupe gérait plus de 4 000 milliards de dollars d’actifs à la fin du deuxième trimestre 2026, en hausse de plus de 700 milliards sur un an, pour un chiffre d’affaires en progression de 20 %. « Alors que la demande des investisseurs pour les ETF actifs s’accroît, l’approche d’investissement rigoureuse de Neos complète parfaitement nos expertises », a déclaré David Solomon, PDG de Goldman Sachs.
La banque, qui se dit ouverte à d’autres acquisitions pour renforcer sa position sur les marchés privés, y affronte des acteurs comme Blackstone et KKR — les mêmes que l’on retrouve aujourd’hui sous pression sur le marché du crédit privé.
L’Europe accélère, mais part de très loin
Le marché européen des ETF actifs connaît la même dynamique, à une autre échelle. Selon les données d’ETFGI, ces produits ont attiré 26,63 milliards de dollars de collecte nette au premier semestre 2026, soit près du double des 13,36 milliards engrangés sur la même période l’an dernier. Le seul mois de juin a apporté 6,36 milliards. Les ETF actifs représentent désormais environ 10 % de la collecte totale du secteur européen, lequel a signé un semestre record à 265,65 milliards de dollars.
Côté encours, Morningstar recense 108,3 milliards d’euros dans les ETF actifs domiciliés en Europe à fin juin 2026 — près du triple de leur niveau de fin 2023.
| Indicateur (ETF actifs) | Europe | Source |
|---|---|---|
| Encours à fin juin 2026 | 108,3 Md€ | Morningstar |
| Collecte nette S1 2026 | 26,63 Md$ (contre 13,36 Md$ au S1 2025) | ETFGI |
| Part du marché ETF total | 3,4 % (contre ~12,5 % aux États-Unis) | Morningstar |
| Lancements au S1 2026 | 75 (38 actions, 22 obligataires, 9 allocation, 6 alternatifs) | Morningstar |
| Part du premier fournisseur | 42 % (JPMorgan), contre ~47 % fin 2025 | Morningstar |
Le contraste avec les États-Unis reste toutefois frappant : les ETF actifs ne pèsent que 3,4 % du marché européen des ETF, contre environ 12,5 % outre-Atlantique. C’est précisément cet écart qui fait du segment un terrain de conquête pour les grandes maisons de gestion.
Un marché encore très concentré
Cette croissance rapide ne signifie pas que le marché s’est ouvert. Morningstar a comptabilisé 75 lancements d’ETF actifs européens au premier semestre 2026 — 38 produits actions, 22 stratégies obligataires, neuf fonds d’allocation et six ETF alternatifs — avec l’arrivée de nouveaux entrants comme Pictet, AllianceBernstein ou Carne Global Fund Managers.
Malgré cet afflux, la concentration reste extrême. JPMorgan conservait 42 % des encours d’ETF actifs européens à fin juin, un niveau en repli par rapport aux quelque 47 % de fin 2025 mais toujours écrasant. Et les cinq plus gros fournisseurs contrôlaient à eux seuls 71 % des actifs du segment. Autrement dit : les investisseurs européens utilisent volontiers les ETF actifs, mais ne répartissent pas leur argent équitablement entre les nouveaux venus.
Le vrai test : durer, pas seulement lancer
Pour les gérants, l’attrait de l’enveloppe est évident : elle permet de placer une stratégie active sur les plateformes utilisées par un nombre croissant de conseillers et de particuliers, sans renoncer au processus d’investissement existant. Pour l’investisseur, l’équation est moins simple.
« Un ETF actif a toujours besoin d’un objectif d’investissement clair, d’un processus compréhensible, de frais compétitifs et de la preuve que le gérant peut apporter de la valeur une fois les coûts déduits. »
— David Batchelor, analyste senior chez QuotedData
Le risque, souligne l’analyste, est que l’offre prenne de l’avance sur la demande. L’Europe peut sans doute absorber des centaines d’ETF actifs, mais probablement pas des centaines de fonds indifférenciés ciblant les mêmes marchés populaires. Les chiffres du premier semestre montrent que la structure a gagné en crédibilité — pas encore qu’elle est devenue le standard.
C’est là que se joue la suite. Entre l’arrivée d’acteurs américains équipés par acquisition, comme Goldman Sachs, et la vague de lancements européens, le prochain test ne portera pas sur le nombre de produits mis sur le marché mais sur leur capacité à constituer des encours durables. Une bataille de distribution et de crédibilité qui rappelle celle que se livrent les nouveaux entrants de la finance européenne, à l’image de Revolut et de son agrément bancaire français.
Goldman Sachs rachète Neos Investments pour jusqu’à 2,25 milliards de dollars, un an après Innovator, et se hisse ainsi parmi les huit premiers fournisseurs mondiaux d’ETF actifs. En Europe, le segment a collecté 26,63 milliards de dollars au premier semestre 2026, presque le double d’un an plus tôt, pour 108,3 milliards d’euros d’encours. Mais il ne représente encore que 3,4 % du marché ETF européen, contre 12,5 % aux États-Unis, et cinq acteurs en contrôlent 71 %. La finalisation de l’opération Goldman-Neos est attendue au premier trimestre 2027.
Questions fréquentes sur les ETF actifs
Qu’est-ce qu’un ETF actif ?
Un ETF actif est un fonds coté en Bourse, négociable en continu comme une action, mais dont le portefeuille est piloté par des gérants selon une stratégie propre, au lieu de répliquer mécaniquement un indice comme le fait un ETF passif classique.
Quelle est la taille du marché des ETF actifs en Europe ?
Selon Morningstar, les ETF actifs domiciliés en Europe totalisaient 108,3 milliards d’euros d’encours à fin juin 2026, soit près du triple de leur niveau de fin 2023. Ils ne représentent toutefois que 3,4 % de l’ensemble du marché européen des ETF.
Pourquoi Goldman Sachs rachète-t-il Neos Investments ?
Pour accélérer sur les ETF actifs par acquisition plutôt que par croissance interne. Neos apporte une gamme d’ETF de rendement fondés sur des options et environ 30 milliards de dollars d’encours, qui s’ajoutent aux 40 milliards de solutions ETF de Goldman Sachs Asset Management et positionnent le groupe parmi les huit premiers fournisseurs du segment.
Le marché européen des ETF actifs est-il concurrentiel ?
Il s’ouvre, mais reste très concentré. JPMorgan détenait 42 % des encours à fin juin 2026 (contre environ 47 % fin 2025) et les cinq premiers fournisseurs en contrôlaient 71 %, malgré 75 lancements de nouveaux produits au premier semestre.






