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Affaire Villarejo : ce que la justice reproche à BBVA
C’est un fait rare dans la vie économique espagnole : BBVA devient la première banque de l’Ibex 35, l’indice vedette de la Bourse de Madrid, à s’asseoir sur le banc des accusés. L’Audience nationale, la juridiction compétente pour les affaires économiques les plus sensibles, a ordonné l’ouverture du procès de l’établissement — deuxième banque du pays — ainsi que de son ancien président Francisco González et de quatorze autres prévenus.
Le juge instructeur Antonio Piña renvoie l’établissement en jugement pour un délit de corruption et cinquante-deux délits de découverte et de divulgation de secrets. La banque devra également verser une caution de 1,17 million d’euros destinée à couvrir d’éventuelles responsabilités civiles. Les accusés disposent de dix jours pour déposer leurs mémoires de défense.
Au cœur du dossier, un nom qui hante la vie publique espagnole depuis près d’une décennie : celui de l’ex-commissaire de police José Manuel Villarejo, figure centrale d’une nébuleuse d’espionnage privé qui a éclaboussé responsables politiques, magistrats et grandes entreprises.
Un dispositif d’espionnage déployé entre 2004 et 2016
Selon l’accusation, BBVA aurait fait appel, entre 2004 et 2016, à la société Cenyt, liée à José Manuel Villarejo, pour mener des opérations de surveillance et d’écoute au bénéfice de la banque. Le recours à cette structure aurait été autorisé par la direction de l’établissement, en marge des procédures internes de contrôle.
Les faits présumés remontent à une période charnière pour BBVA. En 2004, la banque affrontait une tentative de prise de contrôle inamicale ; les enquêtes soupçonnent que les services de Villarejo auraient été mobilisés pour surveiller les acteurs jugés hostiles à la direction. Le parquet évoque un système durable, alimenté par des paiements réguliers, échappant aux garde-fous habituels d’une société cotée.
La justice retient un chiffre spectaculaire : cinquante-deux délits de divulgation de secrets, correspondant à autant de cibles présumées de la surveillance commandée. C’est cette accumulation qui fait basculer le dossier dans une dimension pénale rarement atteinte pour une entreprise du secteur financier.
Une banque de l’Ibex 35 poursuivie comme personne morale, aux côtés de son ancien président, dans une affaire d’espionnage privé : le dossier fait figure d’exception.
Francisco González et quatorze coaccusés renvoyés en jugement
Ancien patron emblématique de la banque, Francisco González sera jugé pour des délits présumés de corruption, de révélation de secrets, d’association de malfaiteurs, de gestion déloyale et de faux en écriture. À ses côtés comparaîtront plusieurs anciens dirigeants de BBVA, mais aussi d’anciens hauts responsables de la police liés à Villarejo.
Le renvoi de la banque elle-même en tant que personne morale constitue le point le plus lourd de symbole. Depuis la réforme du code pénal espagnol qui a instauré la responsabilité pénale des entreprises, il est rare qu’un groupe de cette envergure soit poussé jusqu’au procès. BBVA conteste toute responsabilité : l’établissement soutient que les faits examinés n’engagent pas la banque pour quelque délit que ce soit.
Des peines requises hors norme : jusqu’à 243 ans
Le parquet anticorruption a formulé des réquisitions vertigineuses, à la mesure de l’ampleur du dossier. Elles restent théoriques — le droit espagnol plafonne l’exécution effective des peines — mais elles signalent la gravité que la justice attache aux faits reprochés.
| Prévenu | Fonction | Peine requise |
|---|---|---|
| Julio Corrochano | Ex-chef de la sécurité de BBVA | 243 ans |
| José Manuel Villarejo | Ex-commissaire de police | 216 ans |
| Francisco González | Ex-président de BBVA | 173 ans |
Au total, quinze personnes physiques et la banque comparaîtront. Le procès promet de rouvrir, devant les caméras, l’un des chapitres les plus embarrassants de la vie économique espagnole du XXIᵉ siècle.
Quelles conséquences pour BBVA et la banque espagnole ?
Au-delà du volet pénal, l’enjeu est réputationnel. BBVA sort à peine d’une année agitée sur le front des fusions bancaires ibériques, un terrain où la confiance des régulateurs et des marchés est décisive. Un procès très médiatisé, même s’il vise des faits anciens et un dirigeant parti depuis longtemps, ravive le débat sur la gouvernance des grands groupes cotés.
Pour le secteur, le message est clair : la responsabilité pénale de la personne morale n’est plus une abstraction juridique. Les banques européennes, soumises à des exigences de conformité toujours plus strictes, observeront de près l’issue d’un dossier qui pourrait faire jurisprudence sur la frontière entre intelligence économique et espionnage illégal.
Le calendrier du procès n’est pas encore arrêté. Mais la décision d’ouvrir les débats marque déjà un tournant : celui où une affaire longtemps cantonnée aux prétoires d’instruction s’apprête à devenir un procès public à part entière.
L’Audience nationale renvoie BBVA, son ex-président Francisco González et quatorze autres prévenus devant la justice dans l’affaire Villarejo, pour des contrats d’espionnage présumés passés entre 2004 et 2016. Le parquet réclame jusqu’à 243 ans de prison et une caution de 1,17 million d’euros a été fixée. C’est la première fois qu’une banque de l’Ibex 35 est jugée comme personne morale — une décision qui pourrait faire jurisprudence sur la responsabilité pénale des grands groupes.
Foire aux questions
Qu’est-ce que l’affaire Villarejo ?
L’affaire Villarejo désigne un vaste scandale d’espionnage privé en Espagne, du nom de l’ex-commissaire de police José Manuel Villarejo. Via des sociétés comme Cenyt, il aurait mené des opérations de surveillance pour le compte d’entreprises et de particuliers. Plusieurs volets visent de grands groupes, dont BBVA.
Pourquoi BBVA est-elle jugée comme personne morale ?
Le droit pénal espagnol reconnaît la responsabilité pénale des entreprises. L’Audience nationale a estimé que le recours présumé aux services de Villarejo, autorisé par la direction en dehors des procédures internes, engageait la banque elle-même, et pas seulement ses dirigeants.
Quelles peines sont requises contre Francisco González ?
Le parquet anticorruption réclame 173 ans de prison contre l’ancien président de BBVA, pour des délits présumés de corruption, révélation de secrets, association de malfaiteurs, gestion déloyale et faux documentaire. Ces peines restent théoriques, le droit espagnol plafonnant leur exécution.
BBVA reconnaît-elle les faits ?
Non. BBVA soutient que les faits examinés n’engagent pas la responsabilité de la banque pour quelque délit que ce soit. L’établissement pourra faire valoir ses arguments lors du procès, dont le calendrier n’a pas encore été fixé.






