Euro numérique : le Parlement européen ouvre la dernière phase des négociations avec les États membres

La monnaie numérique de la BCE n'a jamais été aussi près de voir le jour. En entérinant son mandat de négociation, le Parlement européen ouvre l'ultime phase de discussions sur l'euro numérique. Objectif : une adoption d'ici fin 2026, avant un lancement grand public en 2029.

Paiement sans contact par smartphone sur un terminal, illustration de l'euro numérique

Euro numérique : ce que le Parlement européen a validé

Le projet d’euro numérique vient de franchir une étape décisive. Jeudi 9 juillet, réuni en séance plénière à Strasbourg, le Parlement européen a entériné sa position de négociation. Les eurodéputés sont désormais prêts à ouvrir les discussions avec les gouvernements des États membres, dernière ligne droite avant l’adoption d’un texte débattu depuis des mois.

Concrètement, l’euro numérique serait une forme électronique de monnaie de banque centrale, émise et garantie par la Banque centrale européenne (BCE). Il n’a pas vocation à remplacer les espèces ni les services bancaires existants, mais à les compléter. Les consommateurs pourraient détenir des euros numériques dans un portefeuille dédié, assorti d’un plafond de détention qui reste à fixer.

Le dispositif autoriserait des paiements en ligne comme hors ligne, avec un niveau élevé de protection de la vie privée : la BCE ne pourrait pas identifier directement les utilisateurs à partir de leurs données de paiement. L’institution de Francfort fournirait l’infrastructure de base, tandis que les banques commerciales et les prestataires de services de paiement se chargeraient de distribuer les services aux clients.

Souveraineté des paiements : le vrai enjeu selon Christine Lagarde

Au-delà de la technique, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a défendu le projet dans un entretien accordé à Euronews, réfutant l’idée d’un outil de surveillance des citoyens. L’euro numérique, a-t-elle insisté, viendra compléter et non remplacer les espèces, et son objectif n’est pas de tracer les paiements. Comme les billets et les pièces, il aurait cours légal.

« Les espèces et l’euro numérique auront tous deux cours légal, ce qui signifie que nul, nulle part en Europe, ne pourra dire : « Désolé, je ne prends pas vos billets » »

— Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne

Pour la BCE, l’enjeu de fond est celui de l’autonomie stratégique. Aujourd’hui, l’essentiel des paiements par carte en Europe transite par des réseaux détenus par des acteurs étrangers. « Dans 60 % des cas, vous utilisez une infrastructure de paiement contrôlée par des capitaux étrangers », a souligné Christine Lagarde, citant des données de la BCE. « Nous dépendons principalement de réseaux américains, mais parfois aussi chinois. Nous devons disposer d’une solution européenne, parce que nous voulons être souverains chez nous. » Cette quête d’indépendance rejoint d’autres chantiers monétaires du continent, comme le passage de plusieurs grandes banques à la blockchain pour les paiements transfrontaliers.

La présidente de la BCE a également profité de l’occasion pour rassurer les partisans du liquide : l’institution dévoilera d’ici la fin de l’année une nouvelle stratégie pour ses billets. « Les espèces ne vont pas disparaître, elles vont être rajeunies », a-t-elle promis, annonçant un nouveau graphisme et une nouvelle identité pour les coupures.

Rémunération des banques et frais : les points qui coincent

Si le principe fait désormais consensus, les modalités promettent des négociations tendues. Selon trois sources impliquées dans les discussions, le sujet le plus délicat portera sur le modèle de rémunération : quelles institutions financières doivent être payées, à quelle hauteur et selon quelles modalités pour fournir les services en euro numérique.

Autre point sensible, la répartition des frais tout au long de la chaîne de paiement. L’ambition affichée est que les commerçants acquittent des commissions plus faibles que celles qu’ils supportent aujourd’hui sur les transactions par carte, un argument commercial de poids pour imposer la nouvelle monnaie. Les pourparlers les plus intenses sont attendus cet automne, pour une approbation définitive espérée d’ici la fin de l’année.

Euro numérique : le calendrier jusqu’en 2029

Malgré l’accélération politique, l’euro numérique ne sera pas dans les portefeuilles avant plusieurs années. Le calendrier de déploiement reste conditionné à l’adoption du cadre juridique, puis à une phase pilote.

Échéance Étape
9 juillet 2026 Le Parlement européen entérine son mandat de négociation
Automne 2026 Négociations les plus intenses entre Parlement et États membres
Fin 2026 Adoption définitive du règlement espérée
2027 Lancement du programme pilote
2029 Disponibilité pour les paiements de détail

Un horizon lointain qui laisse le temps de trancher les questions les plus épineuses — plafond de détention, rémunération, frais — tout en donnant à l’Europe une feuille de route claire vers une monnaie publique numérique qui lui appartienne en propre.

L’essentiel à retenir

Le Parlement européen a entériné le 9 juillet 2026 son mandat de négociation sur l’euro numérique, une monnaie de banque centrale émise par la BCE, complémentaire des espèces et dotée d’un cours légal. Les discussions les plus dures porteront à l’automne sur la rémunération des banques et la répartition des frais. L’objectif est une adoption d’ici fin 2026, un pilote en 2027 et un lancement grand public en 2029. Enjeu central : la souveraineté des paiements face aux réseaux américains et chinois.

 

FAQ — L’euro numérique

Qu’est-ce que l’euro numérique ?

C’est une forme électronique de monnaie de banque centrale, émise et garantie par la BCE. Il complète les espèces sans les remplacer et se conserve dans un portefeuille numérique dédié, pour des paiements en ligne et hors ligne.

L’euro numérique va-t-il remplacer les billets et les pièces ?

Non. Christine Lagarde a assuré que les espèces conserveront cours légal au même titre que l’euro numérique. La BCE prévoit même une nouvelle stratégie et un nouveau graphisme pour ses billets d’ici la fin de l’année.

Quand l’euro numérique sera-t-il disponible ?

Après une adoption du règlement espérée d’ici fin 2026, un programme pilote débuterait en 2027, pour une mise à disposition des paiements de détail visée à partir de 2029.

Pourquoi l’Europe veut-elle sa propre monnaie numérique ?

Pour renforcer sa souveraineté en matière de paiements. Selon la BCE, 60 % des transactions par carte en Europe passent par des infrastructures contrôlées par des capitaux étrangers, principalement américains, parfois chinois.