Lapeyre : l’enseigne de menuiseries passe sous pavillon italien, cinq ans après sa reprise par Mutares

Cinq ans après avoir sauvé Lapeyre du giron de Saint-Gobain, le fonds allemand Mutares passe la main à des entrepreneurs italiens du bricolage et de l'ameublement. Un pari industriel autant qu'un nouveau sursis pour une enseigne toujours déficitaire.

Allée d'un magasin d'aménagement de la maison avec portes et cuisine d'exposition

Cinq ans après avoir sauvé Lapeyre du giron de Saint-Gobain, le fonds allemand Mutares passe la main. L’enseigne de menuiseries et de cuisines, toujours déficitaire, s’apprête à changer de propriétaire majoritaire au profit d’investisseurs italiens rompus au bricolage et à l’ameublement. Un pari industriel autant qu’un nouveau sursis.

Lapeyre : une offre irrévocable venue d’Italie

L’annonce est tombée le 5 octobre 2026 depuis Munich. Mutares, qui détient Lapeyre depuis 2021, a reçu une offre irrévocable pour la cession d’une participation majoritaire dans l’enseigne. L’acquéreur est un véhicule d’investissement porté par un groupe d’entrepreneurs italiens, parmi lesquels figurent des membres de la famille propriétaire de Bricofer, spécialiste transalpin du bricolage, et de Conforama Italia, acteur de l’équipement de la maison.

La transaction doit être bouclée au quatrième trimestre 2026. Elle reste soumise à l’avis des représentants du personnel, une étape habituelle en France pour ce type d’opération. Le montant de la cession n’a pas été communiqué.

Mutares ne sort pas totalement du capital. Le fonds conservera une participation minoritaire et continuera d’accompagner le redressement aux côtés du repreneur. Johannes Laumann, directeur des investissements de Mutares, y voit « une véritable logique industrielle », avec la possibilité de s’appuyer sur l’expérience et le réseau des nouveaux actionnaires en Italie, des achats jusqu’au développement de produits.

« Nous sommes convaincus que l’acquéreur est bien placé pour accompagner Lapeyre dans sa prochaine phase de développement. »
— Johannes Laumann, directeur des investissements de Mutares

Un distributeur intégré, de l’usine au magasin

Lapeyre reste l’un des noms les plus connus de l’aménagement de la maison en France. L’entreprise, dont le siège est à Courbevoie, fabrique et vend des fenêtres, des portes intérieures et extérieures, des escaliers, ainsi que des meubles de cuisine et de salle de bains.

Sa particularité tient à son modèle intégré. Selon Le Figaro, 80 % de la production des usines du groupe est écoulée dans ses propres magasins, et ces produits maison représentent la moitié de l’offre en rayon. Un atout pour maîtriser les délais et la conception, mais aussi un poids fixe considérable quand la demande recule.

Indicateur Lapeyre en 2026
Chiffre d’affaires 2025 environ 475 millions d’euros
Magasins en France plus de 115
Sites de production 9
Salariés directs environ 2 000
Actionnaire actuel Mutares (depuis 2021)
Clôture prévue de la cession 4e trimestre 2026

Sources : communiqué Mutares du 5 octobre 2026, Le Figaro.

De Saint-Gobain à Mutares, vingt-cinq ans de déclin

Saint-Gobain avait racheté Lapeyre en 1996, à une époque où l’enseigne prospérait. La décennie 2010 a changé la donne : l’essor du commerce en ligne et la concurrence frontale d’Ikea sur la cuisine à petit prix ont pris en étau ce distributeur positionné sur le milieu de gamme. Le chiffre d’affaires s’est érodé et les pertes se sont accumulées.

Désireux de se recentrer sur ses clients professionnels, Saint-Gobain a signé fin 2020 la cession de l’enseigne à Mutares, finalisée en 2021. Le fonds, spécialiste des entreprises en retournement, a lancé un plan de transformation sur quatre ans : investissements d’une trentaine de millions d’euros par an dans les usines, les magasins et l’informatique, selon Le Figaro, optimisation logistique, réduction des coûts, suppressions de postes et cession d’une usine.

Pourquoi le redressement a calé

Le plan a d’abord semblé fonctionner. Porté par l’engouement des ménages pour les travaux pendant la crise sanitaire, Lapeyre était presque revenu à l’équilibre en 2022, selon une source proche du dossier citée par Le Figaro. L’embellie a été de courte durée.

La poussée d’inflation de 2022-2023 a rogné le pouvoir d’achat, puis la remontée des taux d’intérêt a figé le marché immobilier, dans l’ancien comme dans le neuf. Or les achats de portes, de fenêtres ou de cuisines suivent de près les transactions et les chantiers de rénovation. Avec moins de ventes de logements, ce sont autant de projets d’aménagement repoussés. Lapeyre est restée déficitaire, même si son organisation est désormais jugée plus solide.

Le distributeur n’est pas un cas isolé. Le commerce spécialisé français traverse une phase de recomposition brutale, comme l’illustrent la cessation de paiements d’Office Depot France ou le basculement de supermarchés Auchan sous enseignes Intermarché et Netto.

Ce que les repreneurs italiens peuvent apporter

L’intérêt de l’opération tient au profil des acheteurs. Contrairement à un fonds financier, les entrepreneurs italiens connaissent le métier du bricolage et de l’ameublement. Mutares évoque des synergies possibles dans les achats, la logistique et le développement de produits, en s’appuyant sur le réseau de magasins et d’usines de Lapeyre. La marque doit conserver son identité et son positionnement en France.

Pour Mutares, la cession s’inscrit aussi dans un recentrage de son portefeuille sur la chimie, l’énergie, les infrastructures, la logistique et les services. Le fonds garde un pied dans l’enseigne pour assurer, selon ses termes, une transmission ordonnée au nouvel actionnaire.

Restent les inconnues : le projet industriel détaillé, le sort des neuf sites de production et du réseau de magasins n’ont pas été précisés. L’avis des représentants du personnel, attendu avant la clôture, devrait apporter les premières réponses.

L’essentiel à retenir

Mutares a reçu le 5 octobre 2026 une offre irrévocable d’entrepreneurs italiens, liés notamment aux propriétaires de Bricofer et de Conforama Italia, pour une part majoritaire de Lapeyre. L’enseigne pèse environ 475 millions d’euros de chiffre d’affaires, plus de 115 magasins et quelque 2 000 salariés. La cession doit être finalisée au quatrième trimestre 2026, après avis des représentants du personnel, Mutares restant actionnaire minoritaire.

 

Questions fréquentes sur le rachat de Lapeyre

Qui rachète Lapeyre ?

Un véhicule d’investissement soutenu par des entrepreneurs italiens du bricolage, de l’ameublement et de la distribution, dont des membres de la famille propriétaire de Bricofer et de Conforama Italia. Il doit acquérir une participation majoritaire.

Mutares quitte-t-il complètement Lapeyre ?

Non. Le fonds allemand, propriétaire depuis 2021, conservera une participation minoritaire et continuera d’accompagner le redressement de l’enseigne.

Quand la vente de Lapeyre sera-t-elle effective ?

La clôture est attendue au quatrième trimestre 2026. Elle est soumise à l’avis des représentants du personnel.

Les magasins Lapeyre vont-ils fermer ?

Aucune fermeture n’a été annoncée avec ce projet de cession. Le réseau compte plus de 115 magasins en France et la marque doit conserver son positionnement. Le projet industriel détaillé du repreneur n’a pas encore été rendu public.

Pourquoi Lapeyre est-elle en difficulté ?

Concurrence d’Ikea et du commerce en ligne depuis les années 2010, puis inflation de 2022-2023 et marché immobilier grippé par la hausse des taux, qui freine les projets de rénovation et d’aménagement.