Dix-huit mois après sa reprise directe par la coopérative Alkor, l’enseigne de fournitures de bureau retourne devant le tribunal de commerce de Bobigny. Cette fois, ce n’est plus un plan de continuation qui est demandé, mais une liquidation. La poursuite d’activité ne tient qu’à l’arrivée d’un repreneur.
Sommaire
- Office Depot France demande une liquidation avec poursuite d’activité
- De 1 500 à 185 salariés : cinq ans d’érosion
- Un marché de la papeterie en « décroissance structurelle »
- Ce que la procédure change pour les salariés et les clients
- Après Rakuten et Duralex, un nouveau dossier pour les tribunaux de commerce
Office Depot France demande une liquidation avec poursuite d’activité
Le distributeur de fournitures de bureau a déposé mercredi 30 septembre 2026 au matin une déclaration de cessation de paiements auprès du tribunal de commerce de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. L’information, révélée par le site L’Informé, a été confirmée à l’AFP par une porte-parole de l’entreprise. Celle-ci a précisé que la société allait solliciter du même tribunal l’ouverture d’une liquidation judiciaire avec poursuite d’activité, « afin de permettre la recherche d’un repreneur ».
La formule est importante. Une liquidation judiciaire classique met fin à l’activité et vend les actifs pour rembourser les créanciers. La variante avec poursuite d’activité maintient les magasins ouverts pendant une période limitée, le temps d’organiser une cession à un tiers. C’est le scénario que l’enseigne espère, avec un réseau réduit à 27 magasins et 185 salariés.
De 1 500 à 185 salariés : cinq ans d’érosion
L’histoire récente d’Office Depot France se lit comme une succession de plans de sauvetage. En 2021, l’enseigne, alors détenue par le fonds allemand Aurelius, est placée en redressement judiciaire. Plusieurs adhérents de la coopérative Alkor, un groupement français de distributeurs de fournitures scolaires et de bureau, l’emportent devant le tribunal en juin 2021 et reprennent l’activité en septembre. La coopérative elle-même n’est alors pas repreneuse. Le prix social est lourd : environ 500 emplois conservés sur 1 500, et une dizaine de magasins fermés sur une soixantaine.
| Date | Étape | Conséquences |
|---|---|---|
| Juin-septembre 2021 | Reprise par plusieurs adhérents d’Alkor | Environ 500 emplois maintenus sur 1 500 |
| 1er août 2024 | Nouveau redressement judiciaire | Dettes évaluées à près de 29 millions d’euros par les syndicats |
| Avril 2025 | Plan de continuation d’Alkor accepté, reprise directe par la coopérative | 9 magasins fermés, 99 postes supprimés |
| 30 septembre 2026 | Cessation de paiements | 27 magasins, 185 salariés, liquidation avec poursuite d’activité demandée |
Sources : AFP, Le Parisien, Le Monde.
Le répit n’aura duré que trois ans. Le 1er août 2024, les actionnaires demandent un nouveau redressement judiciaire. En avril 2025, le tribunal de Bobigny valide un plan de continuation présenté par Alkor, au prix de la fermeture de neuf magasins et de la suppression de 99 postes. Alkor reprend alors directement les activités d’Office Depot France, jusque-là gérées par plusieurs de ses adhérents. Dix-sept mois plus tard, ce plan n’a pas suffi.
Un marché de la papeterie en « décroissance structurelle »
L’entreprise ne cherche pas à masquer les causes. Sa porte-parole a livré à l’AFP un diagnostic sans détour sur l’état du secteur.
« Le secteur de la papeterie et des fournitures de bureau connaît depuis plusieurs années une décroissance structurelle, sous l’effet notamment de la numérisation des usages et de la baisse de la consommation. À cette tendance s’ajoutent des facteurs économiques conjoncturels, notamment la hausse des coûts logistiques. »
— Porte-parole d’Office Depot France, déclaration à l’AFP
Deux mouvements de fond se cumulent. Le premier est la dématérialisation du travail de bureau : moins d’impressions, moins de classeurs, moins de consommables. Le second est le basculement des achats professionnels vers les plateformes en ligne et les grands fournisseurs intégrés, qui livrent directement les entreprises sans réseau physique. Entre les deux, le modèle du magasin de fournitures en zone commerciale, cœur historique d’Office Depot, perd ses deux clientèles : les particuliers, qui achètent ailleurs, et les professionnels, qui commandent en ligne.
La conjoncture française n’aide pas. La hausse des coûts logistiques évoquée par l’entreprise s’ajoute à une consommation des ménages atone, alors que le gouvernement présente ce même jour un budget de redressement des comptes publics.
Ce que la procédure change pour les salariés et les clients
Tant que le tribunal n’a pas statué, l’activité se poursuit normalement dans les 27 points de vente. L’ouverture d’une liquidation avec poursuite d’activité fixerait ensuite un calendrier : le liquidateur dispose en général de quelques semaines à trois mois pour recueillir des offres de reprise, éventuellement prolongés. Les salariés sont maintenus pendant cette période, leurs salaires étant garantis par le régime de garantie des salaires en cas de défaillance de l’employeur.
Le vrai enjeu est le périmètre de l’offre qui sera retenue. Dans ce type de dossier, un repreneur peut ne reprendre qu’une partie des magasins et des contrats de travail. L’expérience de 2021, où près des deux tiers des effectifs n’avaient pas été conservés, reste dans toutes les mémoires. Pour les clients, les commandes en cours et les cartes de fidélité continuent de s’appliquer tant que l’activité est maintenue, mais un transfert vers un nouvel exploitant peut modifier les conditions commerciales.
Après Rakuten et Duralex, un nouveau dossier pour les tribunaux de commerce
Le cas Office Depot s’inscrit dans une série de défaillances dans le commerce et la distribution française. Rakuten France a cessé son activité ce 1er octobre, laissant 180 salariés et 2 500 vendeurs sur le carreau. En septembre, la verrerie Duralex cherchait elle aussi un repreneur devant le tribunal d’Orléans, avec trois offres dont aucune ne sauvait tous les emplois. Dans un contexte où les retards de paiement entre entreprises restent un sujet de tension, les enseignes à faible marge et à forte intensité de stock sont les premières exposées.
Pour Alkor, coopérative qui regroupe des distributeurs indépendants de fournitures, l’échec d’Office Depot pose la question de la pertinence d’un réseau national de magasins spécialisés face à la concurrence des généralistes et du commerce en ligne. La réponse viendra du tribunal de Bobigny, et des candidats qui se manifesteront, ou non, dans les prochaines semaines.
Office Depot France s’est déclaré en cessation de paiements le 30 septembre 2026 et demande au tribunal de commerce de Bobigny une liquidation judiciaire avec poursuite d’activité, pour trouver un repreneur. L’enseigne, reprise directement par la coopérative Alkor en avril 2025 après avoir été exploitée depuis 2021 par plusieurs de ses adhérents, ne compte plus que 27 magasins et 185 salariés, contre 1 500 emplois avant la première reprise. Le plan de continuation d’avril 2025, qui avait déjà coûté 9 magasins et 99 postes, n’a pas suffi face à la décroissance structurelle du marché des fournitures de bureau. L’activité se poursuit tant que le tribunal n’a pas statué.
Correction (1er octobre 2026) : une première version de cet article indiquait que la coopérative Alkor avait repris Office Depot France en 2021. L’enseigne avait alors été reprise par plusieurs adhérents d’Alkor ; la coopérative l’a reprise directement en avril 2025.
Questions fréquentes
Les magasins Office Depot sont-ils fermés ?
Non. Au 1er octobre 2026, les 27 magasins restent ouverts. L’entreprise a demandé une liquidation judiciaire avec poursuite d’activité, ce qui signifie que l’exploitation continue le temps de rechercher un repreneur. Le tribunal de commerce de Bobigny doit encore statuer.
Qui est propriétaire d’Office Depot France ?
L’enseigne est reprise directement depuis avril 2025 par Alkor, une coopérative française de distributeurs de fournitures de bureau et scolaires, à l’issue d’un plan de continuation validé par le tribunal de commerce de Bobigny. De septembre 2021 à avril 2025, elle était exploitée par plusieurs adhérents d’Alkor, qui l’avaient reprise au fonds allemand Aurelius.
Quelle différence entre cessation de paiements et liquidation judiciaire ?
La cessation de paiements est le constat qu’une entreprise ne peut plus régler ses dettes exigibles avec sa trésorerie disponible. Elle doit la déclarer au tribunal sous 45 jours. La liquidation judiciaire est la procédure que le tribunal peut ensuite ouvrir ; avec poursuite d’activité, elle permet de maintenir l’exploitation pendant la recherche d’un repreneur.
Combien de salariés compte Office Depot France ?
185 salariés répartis dans 27 magasins, selon l’entreprise. Lors de la reprise par des adhérents d’Alkor en 2021, environ 500 emplois avaient été conservés sur 1 500, puis 99 postes supprimés dans le plan de continuation d’avril 2025.






