Un distributeur qui efface sa propre enseigne de la façade de ses magasins pour adopter celle d’un concurrent : l’opération qui a démarré le 1er octobre n’a pas de précédent dans la grande distribution française. Le même jour ou presque, le Conseil d’État refermait le dossier du plan social contesté depuis deux ans. Deux chantiers, un seul diagnostic.
Sommaire
Auchan et Intermarché : 164 ou 167 supermarchés sous une nouvelle enseigne
À partir d’octobre 2026, la majorité des supermarchés Auchan de France métropolitaine changent de bannière pour devenir des Intermarché ou des Netto. Le périmètre varie selon qui compte : Auchan évoque 164 magasins, tandis que le Groupement Mousquetaires et l’Autorité de la concurrence en recensent 167. Ces points de vente seront exploités en franchise au sein d’une structure juridique dédiée, A+Super, détenue par Auchan Retail, selon le communiqué du distributeur publié lors de l’autorisation du projet.
Cette autorisation est tombée le 6 juillet 2026 : l’Autorité de la concurrence a donné son feu vert sans conditions au passage de 167 supermarchés sous les enseignes du Groupement, hors Corse. À ces magasins franchisés s’ajoutent plus de 70 supermarchés Auchan repris directement par des adhérents des Mousquetaires. Le 24 septembre, Auchan Retail a complété le dispositif en entrant en négociations exclusives avec Lidl pour la cession de 17 supermarchés, affirmant qu’une solution était désormais identifiée pour chacun des 266 magasins intégrés concernés par la transformation engagée en novembre 2025, sans fermeture.
Un format que le groupe n’a jamais maîtrisé
Pourquoi un groupe sacrifie-t-il son nom sur plus de 160 façades ? Parce que le supermarché n’a jamais été le point fort d’Auchan, développé historiquement autour de l’hypermarché et arrivé bien plus tard sur le format de proximité. Les données de Worldpanel by Numerator citées par Le Figaro mesurent l’écart : entre le 10 août et le 6 septembre 2026, les Mousquetaires ont gagné 0,4 point de part de marché, à 17,9 %, quand Auchan Retail en perdait 0,5 point, à 8 %, le recul le plus marqué de la période tous groupes confondus.
Le détail est plus préoccupant encore pour les supermarchés de l’enseigne. Sur un an glissant, ils attirent davantage de foyers mais les retiennent moins bien : leur taux de pénétration est passé de 12,5 % à 13,6 %, alors que le budget annuel moyen par client chutait de 633 à 546 euros et la fréquence de visite de 23 à 20,6 passages. La part des dépenses alimentaires de leurs propres clients qu’ils captent est tombée de 19,7 % à 17,1 %.
« Auchan est malade de ses supermarchés, pas de difficultés conjoncturelles. »
— Philippe Goetzmann, spécialiste de la grande distribution, dans Le Figaro
Ce que la bascule change dans les rayons
Le cœur de l’opération tient aux conditions d’achat. Lors de son audition au Sénat en mars 2026, Guillaume Darrasse, directeur général d’Auchan Retail, reconnaissait qu’Intermarché disposait d’un « vrai savoir-faire sur le format de supermarché » et que, malgré un négociateur commun pour une partie des négociations avec les industriels, « les prix payés par Auchan ne sont pas alignés sur ceux payés par Intermarché ». Les magasins franchisés bénéficieront désormais des conditions négociées par le Groupement, auxquelles s’ajoute une organisation d’indépendants moins coûteuse qu’un groupe intégré.
Selon Le Figaro, Auchan en attend une baisse des prix en rayon de 7 à 8 % et espère vendre 20 à 25 % de volumes supplémentaires dans les prochaines années, pour un investissement de 250 à 270 millions d’euros dans la transformation du parc. Pour le client, le changement dépasse le logo : les magasins adoptent l’assortiment et la politique commerciale d’Intermarché ou de Netto, les marques propres du Groupement (Pâturages, Paquito, Monique Ranou) entrent en rayon et les programmes de fidélité changent. Les points de vente rejoignent aussi la logistique des Mousquetaires, qui prévoit de passer de 1,3 milliard de colis livrés en 2023 à environ 1,7 milliard en 2027 et reprend trois bases logistiques d’Auchan.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Supermarchés franchisés sous enseigne Intermarché ou Netto | 164 (Auchan) à 167 (Mousquetaires, Autorité de la concurrence) |
| Supermarchés repris directement par des adhérents Mousquetaires | plus de 70 |
| Supermarchés en négociation exclusive avec Lidl | 17 |
| Investissement prévu par Auchan dans la transformation | 250 à 270 millions d’euros |
| Baisse de prix en rayon attendue | 7 à 8 % |
| Volumes supplémentaires espérés | 20 à 25 % |
| Part de marché Auchan Retail (10 août – 6 septembre 2026) | 8 % (-0,5 point) |
| Part de marché Mousquetaires (même période) | 17,9 % (+0,4 point), objectif 20 % en 2028 |
Le calendrier par vagues jusqu’en mai 2027
Une quarantaine de magasins ont entamé leur bascule le 1er octobre. Lorsque les travaux restent limités, la fermeture dure en moyenne quinze jours, le temps de vider les rayons, de changer les systèmes informatiques et d’encaissement, de modifier la signalétique et d’installer les nouveaux produits. Les premières réouvertures sont attendues à partir du 14 octobre, environ 80 magasins doivent avoir changé de couleurs avant la fin de l’année et les dernières transformations s’échelonneront jusqu’en mai 2027. Pour les Mousquetaires, l’opération doit ramener la distance moyenne entre un de leurs magasins et les consommateurs de 10 à 8 kilomètres.
Le pari n’est pas sans risque. Worldpanel rappelle qu’une partie de la clientèle peut se tourner vers un concurrent lors d’un changement d’enseigne, surtout quand le positionnement évolue fortement, comme pour un passage d’Auchan à Netto. Côté salariés, Gérald Villeroy, délégué syndical central CGT d’Auchan Retail France, redoute une « harmonisation par le bas » des acquis sociaux. Ce repli sur le marché français s’ajoute aux revers du groupe à l’international, après la confiscation de ses actifs en Russie en septembre.
Le Conseil d’État valide le plan social de 2024
Le vendredi 2 octobre, le Conseil d’État a annulé les deux décisions qui invalidaient le plan de sauvegarde de l’emploi annoncé par Auchan fin 2024, lequel prévoyait près de 2 400 suppressions de postes. Le tribunal administratif de Lille, puis la cour administrative d’appel de Douai en janvier 2026, avaient donné raison à la CGT et à FO. Selon la décision consultée par l’AFP, la plus haute juridiction administrative écarte l’argument selon lequel l’accord aurait dû être signé par les représentants syndicaux de chacune des cinq composantes d’Auchan Retail France, en s’appuyant sur le code du travail et la loi de 2016 qui autorisent une conclusion au niveau du groupe. Elle relève aussi une « erreur de droit » de la cour d’appel, qui reprochait à Auchan de ne pas avoir fourni aux comités sociaux et économiques les données des trois holdings de la famille Mulliez contrôlant la société Suraumarché, alors que ces sociétés ne relèvent pas de la distribution.
Auchan Retail a salué une décision qui « confirme la validité de la procédure » et rappelé que, sur 2 090 emplois supprimés par la réorganisation, 1 415 collaborateurs ont trouvé une solution de reclassement, de préretraite, d’emploi, de reconversion ou de création d’entreprise, soit 68 %. La CGT Commerce et services a dénoncé « une justice à double vitesse », tandis que Gilles Martin, délégué syndical CFDT, organisation signataire de l’accord qui ne s’était pas jointe au recours, a estimé auprès de l’AFP que le plan « aujourd’hui fonctionne ». Une invalidation définitive aurait ouvert la voie à des indemnisations supplémentaires devant les prud’hommes.
Depuis le 1er octobre 2026, 164 à 167 supermarchés Auchan basculent sous enseigne Intermarché ou Netto, en franchise, dans une opération étalée jusqu’en mai 2027 et autorisée sans conditions par l’Autorité de la concurrence. Auchan en attend des prix en rayon inférieurs de 7 à 8 % et investit 250 à 270 millions d’euros. Le 2 octobre, le Conseil d’État a validé le plan social de fin 2024 et ses près de 2 400 suppressions de postes, dont 68 % des salariés concernés ont déjà trouvé une solution selon le groupe.
Questions fréquentes
Combien de supermarchés Auchan deviennent des Intermarché ou des Netto ?
Auchan en compte 164, le Groupement Mousquetaires et l’Autorité de la concurrence 167. Ils sont exploités en franchise au sein d’une structure dédiée, A+Super, et plus de 70 autres supermarchés sont repris directement par des adhérents des Mousquetaires.
Quand les magasins changent-ils d’enseigne ?
Une quarantaine de magasins ont fermé le 1er octobre 2026 pour une quinzaine de jours de travaux, avec des réouvertures à partir du 14 octobre. Environ 80 magasins doivent avoir basculé avant la fin 2026 et les dernières transformations sont prévues jusqu’en mai 2027.
Qu’a décidé le Conseil d’État sur le plan social d’Auchan ?
Le 2 octobre 2026, il a annulé les décisions du tribunal administratif de Lille et de la cour administrative d’appel de Douai qui invalidaient le PSE de fin 2024, confirmant la légalité de la procédure contestée par la CGT et FO.
Les prix vont-ils baisser dans les anciens supermarchés Auchan ?
Auchan escompte une baisse de 7 à 8 % des prix en rayon grâce aux conditions d’achat négociées par Intermarché, et espère 20 à 25 % de volumes supplémentaires dans les prochaines années.






