UniCredit et Commerzbank : la BCE ouvre la voie à une prise de contrôle dès 2027

Feu vert de la BCE, Berlin sous pression, 1,3 milliard d'euros d'économies visés : la conquête de Commerzbank par UniCredit entre dans sa dernière ligne droite.

Deux tours de bureaux en verre vues en contre-plongée

UniCredit et Commerzbank : ce que change le feu vert de la BCE

La Banque centrale européenne a autorisé UniCredit à franchir le seuil de 30 % du capital de Commerzbank et à relever encore sa participation, sans plafond fixé. Pour la banque milanaise, c’est le dernier verrou prudentiel qui saute : l’établissement allemand n’est plus un trophée hors d’atteinte, mais une conquête en voie de finalisation.

L’achèvement des dernières étapes réglementaires et la réunion des conditions de finalisation de l’offre sont attendus vers la fin de l’année. À ce stade, UniCredit détiendrait environ 50 % des droits de vote de Commerzbank et pourrait en prendre le contrôle, avec un effet qui se matérialiserait à partir de 2027. Pour UniCredit, la décision « confirme l’évaluation positive de l’opération par la BCE ».

Près de deux ans de bras de fer avec Berlin

Le dossier s’étire depuis près de deux ans. UniCredit a bouclé son offre publique d’échange en juillet et affichait déjà, selon Euronews, environ 47,6 % du capital de Commerzbank en août. Berlin avait alors qualifié d’« inacceptable » l’approche jugée agressive et hostile de la banque italienne, comme nous le relations dans notre article sur l’offre hostile d’UniCredit sur Commerzbank.

Le gouvernement allemand répète qu’il entend protéger les salariés, les petites et moyennes entreprises et la place financière de Francfort. Il redoute aussi que des décisions stratégiques se prennent à Milan plutôt qu’à Francfort. Commerzbank est étroitement liée au financement du Mittelstand, cette constellation de PME qui forme l’ossature de l’économie allemande.

En théorie, le marché européen est unique ; en pratique, les États continuent de considérer les grandes banques comme des éléments de leur propre infrastructure économique.

— Analyse publiée par Euronews, 18 août 2026

Prise de contrôle de Commerzbank : les points de friction qui restent

La position officielle de Berlin n’a pas été formellement modifiée, mais des fissures sont apparues. Selon Bloomberg, relayé par Euronews, plusieurs hauts responsables du gouvernement seraient prêts à discuter de la vente à UniCredit de la participation encore détenue par l’État allemand, environ 12 % du capital, à condition qu’un accord sur la stratégie et l’avenir de la banque soit d’abord trouvé. Une telle cession porterait la participation d’UniCredit à plus de 60 %.

Du côté de Commerzbank, le ton a changé. Fin juillet, le président du conseil de surveillance, Jens Weidmann, a reconnu que le rapport de forces était désormais clair et s’est dit prêt à un dialogue constructif. Les premiers entretiens formels entre Andrea Orcel, patron d’UniCredit, et Bettina Orlopp, directrice générale de Commerzbank, ont débuté en août. Ils portent sur les conséquences du changement de contrôle : aspects comptables, juridiques et gestion des risques.

Économies de coûts et gouvernance : la logique d’UniCredit

Selon Reuters, le plan d’Andrea Orcel vise à réduire la base de coûts de Commerzbank d’environ 1,3 milliard d’euros, tout en maintenant dans un premier temps la banque séparée de la filiale allemande d’UniCredit. La méthode est celle qui a transformé UniCredit ces dernières années : moins de niveaux hiérarchiques, suppression des structures en double, concentration sur les activités génératrices de revenus.

Étape Ce que disent les sources
Juillet 2026 UniCredit boucle son offre publique d’échange
Août 2026 Environ 47,6 % du capital ; premiers entretiens Orcel-Orlopp
15 octobre 2026 La BCE autorise le dépassement de 30 %, sans plafond
Fin 2026 / 2027 Finalisation attendue, environ 50 % des droits de vote, contrôle possible

 

L’enjeu dépasse le seul calendrier. Les banques européennes supportent des investissements de plus en plus lourds en technologie, cybersécurité, intelligence artificielle et paiements numériques ; une banque plus grande répartit ces coûts sur une clientèle plus large. C’est la direction que la BCE défend de longue date : des établissements plus grands, plus diversifiés, capables d’opérer au-delà des frontières nationales.

Un pari de gestion plus qu’un pari financier

Reste la question du « choc culturel » : le modèle d’Andrea Orcel a nettement amélioré la rentabilité d’UniCredit, mais le transposer à Commerzbank, avec ses représentants des salariés et son ancrage allemand, sera plus complexe. Pour UniCredit, le sujet n’est plus seulement de racheter Commerzbank ; il est de démontrer sa capacité à la gérer.

L’essentiel à retenir

La BCE a autorisé le 15 octobre UniCredit à dépasser 30 % du capital de Commerzbank, sans plafond. La finalisation est attendue vers la fin de l’année, pour environ 50 % des droits de vote et un contrôle effectif à partir de 2027. Berlin reste réticent, mais le dialogue s’est ouvert ; l’objectif d’économies de 1,3 milliard d’euros sera le test de la méthode Orcel.

 

Questions fréquentes

La BCE a-t-elle fixé une limite à la participation d’UniCredit ?

Non. Elle a autorisé UniCredit à dépasser 30 % du capital de Commerzbank et à augmenter encore sa part, sans plafond fixé.

Quand UniCredit prendra-t-il le contrôle de Commerzbank ?

La finalisation de l’offre est attendue vers la fin de l’année ; UniCredit détiendrait alors environ 50 % des droits de vote et pourrait prendre le contrôle à partir de 2027.

Que pense le gouvernement allemand ?

Sa position officielle n’a pas été modifiée : il défend les salariés, les PME et la place de Francfort. Selon Bloomberg, certains responsables seraient toutefois prêts à discuter de la vente de la participation de l’État.