Sept mois après le déstockage record de mars, les pays du G7 rouvrent les vannes de leurs réserves d’urgence. Cette fois, c’est le gazole européen qui est visé, et l’Agence internationale de l’énergie prévient déjà qu’il ne reste plus qu’un peu plus des deux tiers du matelas de départ.
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Ce que le G7 a décidé le 2 octobre
Les pays du G7 ont annoncé vendredi 2 octobre une libération coordonnée de 100 millions de barils de pétrole brut et de gazole, pilotée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’opération commence immédiatement et s’étale sur quatre mois, soit jusqu’à la fin janvier 2027, avec un rythme accéléré au départ : le communiqué prévoit « une libération significative dans les 20 premiers jours » de diesel par les États membres et les pays partenaires du G7.
Un point reste flou. Le G7 n’a pas précisé si ces 100 millions de barils englobent les 75 millions encore à écouler au titre de l’engagement du 11 mars, ou s’ils s’y ajoutent, ce qui porterait l’effort total depuis le début de la crise à 500 millions de barils. Selon ce qui a filtré des discussions, rapporté par Le Figaro, la moitié de ce nouveau volume, environ 50 millions de barils, serait du gazole fourni par les Européens, l’autre moitié du brut, dont le Japon serait le principal contributeur.
Réserves stratégiques de pétrole : combien reste-t-il dans les cuves ?
L’AIE a fait le point samedi 3 octobre sur l’action collective lancée le 11 mars, au lendemain du déclenchement de la guerre en Iran. Environ 325 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers ont été libérés à ce jour, soit 80 % des 400 millions promis à l’origine. Le gros de l’effort a été fourni entre le 11 mars et le 21 juillet (290 millions de barils) ; seuls 35 millions se sont ajoutés entre la fin juillet et le début octobre.
Au 11 mars, selon l’agence, les États membres de l’AIE détenaient plus de 1,2 milliard de barils de stocks d’urgence publics, auxquels s’ajoutaient 600 millions de barils conservés par l’industrie au titre d’obligations gouvernementales. Les volumes libérés représentent donc 18 % de ce total, soit près d’un sixième. Ces réserves ont été instituées en 1974, après le premier choc pétrolier, pour amortir des ruptures brutales d’approvisionnement.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Engagement du 11 mars 2026 | 400 millions de barils | AIE |
| Volumes libérés au 3 octobre | 325 millions de barils (80 %) | AIE |
| Nouvelle libération annoncée le 2 octobre | 100 millions de barils sur 4 mois | G7 |
| Stocks d’urgence AIE avant la crise | environ 1,8 milliard de barils | P. Geoffron (Paris-Dauphine) |
| Stocks restants estimés | environ 1,3 milliard de barils (70 %) | P. Geoffron (Paris-Dauphine) |
| Stocks de gazole détenus en Europe | environ 290 millions de barils (deux mois de consommation) | P. Geoffron (Paris-Dauphine) |
Pour Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières, le matelas restant doit être relativisé : ce qui subsiste est surtout du brut, concentré au Japon et en Corée du Sud, tandis que la réserve américaine est tombée à son plus bas niveau depuis 1982, proche de son plancher légal.
« Les stocks ne remplacent pas les raffineries qui manquent. »
— Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, directeur du CGEMP, dans Le Figaro
Pourquoi le gazole plutôt que le brut
La différence avec l’opération de mars tient à la nature des barils libérés. Au printemps, les pays de l’AIE avaient surtout mis du brut sur le marché. Or le goulot d’étranglement s’est déplacé : les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, les arrêts d’installations au Moyen-Orient liés au verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran et la décision de la Chine de conserver ses carburants pour son marché intérieur ont créé, d’après l’analyse de Patrice Geoffron et de l’AFP, une pénurie de capacités de raffinage, pas de pétrole brut. Libérer directement du gazole revient donc à viser le maillon qui coince, comme l’expliquait déjà notre analyse sur l’envolée des marges de raffinage.
L’Europe est structurellement déficitaire en gazole, ce qui explique qu’une large part de ses stocks obligatoires, fixés à au moins 90 jours d’importations nettes, soit constituée de ce carburant. La France et l’Allemagne détiennent à elles deux environ un tiers des stocks de gazole de l’Union européenne et devraient être en première ligne, suivies de l’Italie. Les 50 millions de barils de gazole évoqués représentent environ un sixième des quelque 290 millions de barils stockés sur le continent.
Quel effet sur le prix à la pompe en France ?
Le jour de l’annonce, selon les chiffres cités par Patrice Geoffron dans Le Figaro, le gazole a reculé de 4 à 5 % sur les marchés, un peu plus que le Brent, qui a cédé près de 3 %. Rapporté au litre, avec un gazole autour de 2,37 euros en France, ce repli représenterait environ 5 centimes à la pompe, à condition qu’il se maintienne, ce qui n’est pas acquis. Les baisses de marché mettent en outre une à trois semaines à se répercuter sur les prix affichés, et elles descendent toujours moins vite qu’elles ne montent.
Le précédent de mars invite à la prudence : après le déstockage record, les prix avaient continué de grimper pendant deux mois, s’étaient détendus au début de l’été, puis étaient repartis vers de nouveaux records en septembre. Le scénario le plus probable, selon Patrice Geoffron, est un répit de quelques semaines en novembre, au moment où démarre la demande de chauffage, mais certainement pas un retour rapide sous les 2 euros. Cette pression énergétique est d’ailleurs ce qui a ramené l’inflation de la zone euro à 3,8 % en septembre.
Autre conséquence à moyen terme : les cuves ne seront pas remplies de sitôt. Racheter du gazole maintenant ferait remonter les prix que l’on cherche à faire baisser. Les agences de stockage attendront donc une détente du marché, probablement pas avant la mi-2027, et sans doute bien plus tard pour revenir aux niveaux d’avant-crise. Après 2022, la réserve stratégique américaine n’avait jamais retrouvé son niveau antérieur.
Washington, l’Europe et le calendrier des élections américaines
La décision du G7 intervient après une semaine de pression de Washington. Jeudi 1er octobre, la presse américaine rapportait que l’administration Trump envisageait d’interdire les exportations de diesel vers l’Europe. Dès le lendemain, Donald Trump assurait que « ça n’a jamais vraiment été sur la table » et se félicitait de la décision du G7, tout en jugeant que le gazole était « abondamment stocké » par les Européens.
Le paradoxe d’un pays producteur réclamant un effort aux importateurs s’explique par le marché mondial des produits raffinés. Les raffineurs américains exportent là où les prix sont les plus élevés, et en août l’Europe leur achetait environ un tiers de son gazole importé. Résultat, toujours selon l’économiste : les routiers américains paient le prix mondial, autour de 6,50 dollars le gallon en septembre, un record absolu, à un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre. Les Américains avaient par ailleurs fourni 40 % de l’effort de mars et leur réserve est désormais au plus bas depuis le début des années 1980. Pour l’Europe, l’épisode rappelle une dépendance double, en carburants comme en gaz liquéfié, à l’égard d’un partenaire qui considère l’énergie comme un instrument de rapport de force.
Le G7 a annoncé le 2 octobre 2026 la libération de 100 millions de barils de brut et de gazole sur quatre mois, via l’AIE, dont environ la moitié en gazole européen. Depuis le 11 mars, 325 millions de barils ont déjà été écoulés, soit près d’un sixième des stocks d’urgence des pays membres. L’effet attendu à la pompe se limite à quelques centimes et dépend de la géopolitique : tant que le détroit d’Ormuz reste perturbé et que les raffineries russes sont frappées, les stocks ne compensent pas le manque de raffinage. La reconstitution des réserves n’est pas attendue avant la mi-2027.
Questions fréquentes
Combien de barils le G7 a-t-il décidé de libérer ?
Le G7 a annoncé le 2 octobre 2026 une libération coordonnée de 100 millions de barils de pétrole brut et de gazole, organisée par l’AIE, étalée sur quatre mois avec un effort concentré sur les 20 premiers jours.
Quelle part des réserves stratégiques a déjà été utilisée depuis mars ?
Selon l’AIE, environ 325 millions de barils ont été libérés depuis le 11 mars, soit 80 % des 400 millions promis et près d’un sixième des stocks d’urgence détenus par les États membres et leur industrie.
Le prix du gazole va-t-il baisser en France ?
Le repli de 4 à 5 % observé sur les marchés le jour de l’annonce représenterait environ 5 centimes par litre s’il se maintient, avec un délai d’une à trois semaines. Les économistes anticipent au mieux un répit de quelques semaines en novembre, pas un retour sous les 2 euros.
Pourquoi les États-Unis demandent-ils à l’Europe de puiser dans ses stocks ?
Le gazole est un produit raffiné dont le prix est mondial. L’Europe achète une part importante de son gazole importé aux États-Unis, ce qui tire les prix américains vers le haut à un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre. Washington a aussi rappelé avoir fourni 40 % de l’effort de mars.






