Rappel Stellantis : 955 000 véhicules privés de caméra de recul par un bug logiciel

Passer la marche arrière et ne rien voir s'afficher : c'est le désagrément que près d'un million d'automobilistes vont découvrir dans les prochaines semaines. Le défaut ne vient pas de la caméra, mais du logiciel censé lui donner la parole — et c'est précisément ce détail qui embarrasse le quatrième constructeur mondial.

Technicien branchant un ordinateur de diagnostic sur un SUV en atelier

Passer la marche arrière et ne rien voir s’afficher : c’est le désagrément que près d’un million d’automobilistes vont découvrir dans les prochaines semaines. Le défaut ne vient pas de la caméra, mais du logiciel censé lui donner la parole — et c’est précisément ce détail qui embarrasse le quatrième constructeur mondial.

Sommaire

Un bug du système radio, pas une caméra défaillante

Stellantis a engagé le rappel d’environ 955 000 véhicules dans le monde. En cause : un défaut du logiciel du système radio et d’infodivertissement, qui peut empêcher l’image de la caméra de recul de s’afficher sur l’écran multimédia lorsque le conducteur enclenche la marche arrière.

La nuance est importante. Le matériel n’est pas mis en cause : les caméras fonctionnent, mais le système qui doit relayer leur flux vidéo vers l’écran central ne le fait pas systématiquement. Autrement dit, le problème se situe dans la couche informatique du véhicule, là où le groupe a le plus investi ces dernières années pour mutualiser ses plateformes entre marques.

Le constructeur indique n’avoir reçu aucun signalement d’accident ni de blessure lié à ce dysfonctionnement. En attendant la correction, il recommande aux conducteurs concernés de s’en remettre à leurs rétroviseurs latéraux et intérieur pour manœuvrer — une consigne banale pour qui a appris à conduire avant 2018, beaucoup moins pour les acheteurs de véhicules récents habitués à ne plus se retourner.

Rappel Stellantis : les modèles et les marchés concernés

Le gros du rappel Stellantis se joue en Amérique du Nord. Sur le total, 848 511 véhicules sont concernés aux seuls États-Unis, sur les millésimes 2026 et 2027. Le reste se répartit entre le Canada, le Mexique et un ensemble de marchés non détaillés par le groupe.

Marché Véhicules concernés
États-Unis 848 511
Canada 82 869
Mexique 7 969
Autres marchés 15 736
Total mondial environ 955 000

Les 15 736 véhicules classés en « autres marchés » entretiennent l’incertitude côté européen : le groupe n’a pas précisé si certains d’entre eux circulent sur le continent. Compte tenu de la liste des modèles visés, très majoritairement nord-américaine, l’exposition du parc européen paraît marginale — mais elle n’est pas formellement écartée.

Les véhicules identifiés relèvent de quatre marques du groupe :

  • Chrysler : Pacifica, Pacifica Plug-in Hybrid, Voyager
  • Dodge : Charger
  • Jeep : Cherokee, Compass, Gladiator, Grand Cherokee, Wrangler
  • Ram : gammes 1500, 2500 et ProMaster

Les caméras fonctionnent. C’est le logiciel chargé de les afficher qui ne suit pas.

Un correctif à distance, sans passage en concession

C’est le point positif de cette campagne : la réparation ne nécessitera pas d’immobiliser le véhicule. Stellantis prévoit de déployer une mise à jour logicielle gratuite effectuée à distance, ce qui évitera à la grande majorité des propriétaires de prendre rendez-vous en atelier.

Concrètement, un message s’affichera sur l’écran du véhicule lorsque la mise à jour sera disponible. En parallèle, les courriers de rappel doivent commencer à partir de septembre 2026. Les conducteurs qui ne parviendraient pas à installer la correction par voie hertzienne pourront se tourner vers leur concessionnaire.

Cette capacité à corriger un défaut de sécurité sans rappel physique est l’un des rares dividendes concrets de la voiture connectée pour un constructeur. Un rappel classique de cette ampleur — près d’un million d’unités — coûterait plusieurs dizaines de millions d’euros en main-d’œuvre et en logistique de concession. Une mise à jour à distance ramène la facture à une fraction de ce montant.

Le deuxième rappel massif de l’année pour le groupe

L’épisode ne survient pas isolément. En juin 2026, Stellantis avait déjà rappelé plus d’un million de Jeep Wrangler et Gladiator aux États-Unis pour un défaut de câblage de la direction assistée assorti d’un risque d’incendie — un cas autrement plus sérieux, puisqu’il touchait à l’intégrité physique du véhicule et non à un afficheur.

Deux campagnes de cette taille en un été, sur un même marché, alimentent mécaniquement les interrogations sur la qualité de sortie d’usine. Elles tombent d’autant plus mal que le groupe sort à peine d’un exercice 2025 difficile, marqué par de lourdes pertes, un remaniement de la direction et des marges comprimées. Le retour au bénéfice avait été amorcé au premier trimestre 2026, comme nous l’avons détaillé lors de la publication des résultats trimestriels.

Ce que ces campagnes disent de l’intégration des quatorze marques

Le point le plus instructif de ce rappel n’est pas son volume, mais sa récurrence. Selon Euronews, Stellantis a déjà imputé au moins trois pannes distinctes de caméras de recul au logiciel radio plutôt qu’aux caméras elles-mêmes ces dernières années. Le même symptôme, la même cause identifiée, et pourtant le défaut revient.

Cela pointe vers un problème d’architecture plus que de composant : la façon dont le groupe fait cohabiter ses systèmes d’infodivertissement d’une marque à l’autre. Or c’est exactement le terrain sur lequel la fusion devait produire ses économies. Mutualiser une plateforme électronique entre une Jeep américaine et un fourgon Ram, c’est aussi mutualiser ses défauts — et transformer un bug local en rappel mondial.

Les caméras de recul, obligatoires aux États-Unis sur les véhicules particuliers depuis 2018, sont devenues une source de rappels récurrente pour l’ensemble du secteur automobile. Stellantis n’est donc pas seul concerné. Mais il est l’un des rares à cumuler autant de marques héritées sur une base logicielle commune encore jeune.

Stellantis, un géant né d’une fusion encore en rodage

Stellantis est né en janvier 2021 de la fusion entre l’italo-américain Fiat Chrysler Automobiles et le français PSA, maison mère de Peugeot et Citroën. L’opération, validée par la Commission européenne fin 2020, visait des synergies de coûts annuelles d’environ 3,7 milliards d’euros.

Le rapprochement était en gestation depuis des années : Sergio Marchionne, alors patron de FCA, cherchait un partenaire depuis 2015, convaincu qu’aucun constructeur ne pourrait absorber seul le coût de l’électrification et des normes d’émissions. Une première tentative avec Renault avait échoué en 2019 avant que PSA ne prenne le relais.

Le groupe pèse aujourd’hui 14 marques — d’Abarth à Vauxhall en passant par Alfa Romeo, Maserati et Opel —, environ 250 000 salariés dans plus de trente pays, 5,4 millions de véhicules vendus en 2024 et un chiffre d’affaires d’environ 156,9 milliards d’euros. Son siège social est aux Pays-Bas, mais le directeur général Antonio Filosa, en poste depuis juin 2025, pilote les opérations depuis Auburn Hills, dans le Michigan. Les familles Agnelli et Peugeot, aux côtés de la banque publique d’investissement française, en restent les actionnaires de référence.

Cette architecture capitalistique et industrielle explique la difficulté de l’exercice. Faire converger quatorze marques nées sur trois continents suppose des arbitrages permanents, dont certains se paient en restructurations — le groupe a par exemple supprimé 650 postes d’ingénieurs chez Opel à Rüsselsheim au printemps. Et d’autres, comme ce rappel, en défauts logiciels qui traversent les frontières de marques.

L’essentiel à retenir

Stellantis rappelle environ 955 000 véhicules dans le monde, dont 848 511 aux États-Unis sur les millésimes 2026 et 2027, pour un défaut du logiciel d’infodivertissement qui peut priver le conducteur de l’image de sa caméra de recul. Aucun accident n’a été signalé et la correction se fera par mise à jour à distance gratuite, les courriers aux propriétaires partant à partir de septembre 2026. C’est le deuxième rappel de plus de 900 000 unités en un été, après celui de juin sur la direction assistée des Jeep Wrangler et Gladiator. L’exposition du parc européen n’est pas chiffrée, mais la liste des modèles visés la rend marginale.

 

Questions fréquentes

Combien de véhicules sont concernés par le rappel Stellantis ?

Environ 955 000 véhicules dans le monde, dont 848 511 aux États-Unis, 82 869 au Canada, 7 969 au Mexique et 15 736 sur d’autres marchés. Les véhicules visés relèvent des millésimes 2026 et 2027.

Quels modèles sont touchés par ce rappel ?

Les Chrysler Pacifica, Pacifica Plug-in Hybrid et Voyager, la Dodge Charger, les Jeep Cherokee, Compass, Gladiator, Grand Cherokee et Wrangler, ainsi que les gammes Ram 1500, 2500 et ProMaster.

Les véhicules européens sont-ils concernés ?

Stellantis n’a pas précisé si les 15 736 véhicules classés en « autres marchés » incluent des unités européennes. La liste des modèles visés étant très majoritairement nord-américaine, l’exposition du parc européen apparaît marginale, sans être formellement écartée.

Faut-il aller en concession pour la réparation ?

Non dans la plupart des cas. Stellantis prévoit une mise à jour logicielle gratuite déployée à distance. Un message s’affichera sur l’écran du véhicule lorsqu’elle sera disponible, et les courriers de rappel partiront à compter de septembre 2026.

Quel est le risque pour le conducteur ?

Le défaut prive le conducteur de l’image de la caméra de recul au moment d’enclencher la marche arrière. Stellantis indique n’avoir reçu aucun signalement d’accident ou de blessure et recommande d’utiliser les rétroviseurs latéraux et intérieur en attendant le correctif.