Taxe sur les petits colis : Paris débranche son prélèvement de 2 euros
Après avoir bombé le torse dans la guerre commerciale contre les géants asiatiques du e-commerce à bas prix, la France change de pied. Le gouvernement a annoncé la suspension, au 1er juillet 2026, de sa taxe nationale de 2 euros sur les petits colis, à peine quatre mois après son entrée en vigueur. Le calendrier n’a rien d’un hasard : le prélèvement français s’efface le jour même où Bruxelles active son propre dispositif, un droit forfaitaire européen sur les envois de faible valeur.
Instaurée le 1er mars 2026, cette contribution de 2 euros par colis visait les envois d’une valeur inférieure à 150 euros importés depuis un pays tiers. Autrement dit, le cœur de cible des plateformes Shein, Temu et AliExpress, qui inondent le marché européen de colis à l’unité expédiés directement depuis la Chine. Paris avait voulu jouer les pionnières, quitte à avancer seule avant ses partenaires. Le résultat, lui, s’est révélé bien en deçà des ambitions affichées.
Un rendement dérisoire, une taxe massivement contournée
Sur le papier, le dispositif devait garnir les caisses de l’État de près de 400 millions d’euros sur l’année 2026. Dans les faits, il n’a rapporté qu’environ 2,3 millions d’euros par mois, selon les estimations de l’administration des douanes — un rendement anecdotique à l’échelle du budget national. La raison de cet échec tient en un mot : le contournement.
Faute d’harmonisation européenne, les plateformes ont trouvé la parade. Près de 90 % des volumes ont été détournés : plutôt que d’atterrir directement en France, les marchandises ont été acheminées par avion vers d’autres pays de l’Union — la Belgique en première ligne — puis réexpédiées par la route jusqu’à leur destination hexagonale. Une fois entrés dans le marché unique, ces colis circulent librement, échappant mécaniquement à la taxe française. La frontière fiscale s’est ainsi évaporée dans les mailles du marché intérieur.
Une suspension purement tactique, destinée à laisser la taxe européenne s’installer.
— Serge Papin, ministre du Commerce
Du côté de l’exécutif, on assume un repli sans le présenter comme une défaite. Pour Serge Papin, ministre chargé du Commerce, la suspension est « tactique » : il s’agit de laisser le relais européen prendre le pas sans maintenir un double prélèvement pénalisant. Son cabinet résume la manœuvre sans fard : « Notre objectif était de pousser l’Europe à prendre des mesures, nous avons obtenu satisfaction. » David Amiel, ministre chargé des Comptes publics, veut y voir un coup d’avance : « La France a vraiment été pionnière. »
Le relais bruxellois : un droit forfaitaire européen de 3 euros
Ce qui remplace la taxe française n’est pas un vide, mais un dispositif plus large. À compter du 1er juillet 2026, l’Union européenne applique un droit forfaitaire de 3 euros par colis de moins de 150 euros en provenance d’un pays tiers. Contrairement au prélèvement national, ce cadre s’impose à l’ensemble des 27, refermant du même coup la porte que les plateformes empruntaient via la Belgique ou les Pays-Bas.
Le maintien simultané des deux taxes aurait abouti à un cumul de 5 euros par colis, une double imposition que le gouvernement a préféré écarter. La logique est limpide : dans un marché unique, une barrière fiscale n’a de sens que si elle est commune. C’est précisément ce constat qui avait présidé, quelques mois plus tôt, à la création d’une autorité douanière européenne dont le siège a été attribué à Lille, chargée de coordonner la lutte contre la fraude aux petits colis.
| Dispositif | Montant | Périmètre | Statut au 1er juillet 2026 |
|---|---|---|---|
| Taxe nationale française | 2 € / colis | France uniquement | Suspendue |
| Droit forfaitaire européen | 3 € / colis | 27 États membres | En vigueur |
Vers la fin de la franchise des 150 euros
Le droit de 3 euros n’est lui-même qu’une étape. Bruxelles prépare une refonte plus profonde du régime des envois de faible valeur, attendue d’ici la fin 2026, avec en ligne de mire la suppression de la franchise de droits de douane pour les colis en dessous de 150 euros. Ce seuil, hérité d’une époque où le commerce en ligne transfrontalier restait marginal, est aujourd’hui pointé du doigt comme la faille par laquelle des milliards de colis à très bas prix pénètrent le marché européen sans acquitter de droits.
Pour les distributeurs européens, qui dénoncent depuis des années une concurrence asymétrique, l’enjeu dépasse largement les 2 ou 3 euros par colis. Il touche à l’égalité de traitement fiscal entre un vendeur installé en Europe, soumis à la TVA et aux normes, et une plateforme expédiant à l’unité depuis un entrepôt de Shenzhen. Le recul français sur sa taxe nationale n’est, dans cette optique, qu’un pas de côté pour mieux avancer en rang serré.
La taxe française de 2 euros sur les petits colis, en vigueur depuis le 1er mars 2026, est suspendue au 1er juillet 2026. Contournée à hauteur de 90 % des volumes via d’autres pays de l’UE, elle n’aura rapporté qu’environ 2,3 millions d’euros par mois, loin des 400 millions escomptés. Elle laisse la place à un droit forfaitaire européen de 3 euros, prélude à la suppression de la franchise des 150 euros attendue d’ici la fin 2026.
Questions fréquentes
Pourquoi la France suspend-elle sa taxe sur les petits colis ?
Parce qu’elle était massivement contournée — près de 90 % des volumes passaient par d’autres pays de l’UE — et parce qu’un droit forfaitaire européen de 3 euros entre en vigueur le 1er juillet 2026. Maintenir les deux aurait créé une double imposition de 5 euros par colis.
Combien la taxe de 2 euros a-t-elle rapporté ?
Environ 2,3 millions d’euros par mois selon l’administration des douanes, très loin des quelque 400 millions d’euros attendus sur l’ensemble de l’année 2026.
Qu’est-ce qui remplace la taxe française ?
Un droit forfaitaire européen de 3 euros par colis de moins de 150 euros importé depuis un pays tiers, applicable dans les 27 États membres à compter du 1er juillet 2026.
Les prix sur Shein et Temu vont-ils augmenter ?
Le droit européen de 3 euros s’applique désormais de façon harmonisée, sans possibilité de contournement par un autre pays de l’UE. À terme, la suppression annoncée de la franchise des 150 euros pourrait renchérir davantage les envois de très faible valeur.






