Réindustrialisation Espagne : 76 % des entreprises engagées, une progression spectaculaire en deux ans
L’Espagne s’impose comme le pays le plus dynamique d’Europe en matière de réindustrialisation, selon une étude du Capgemini Research Institute publiée en mai 2026. Trois quarts des entreprises espagnoles disposent désormais d’une stratégie formelle dans ce domaine, contre seulement 45 % deux ans plus tôt. Ce bond de plus de trente points place Madrid très au-dessus de la moyenne combinée Europe-États-Unis, qui atteint 73 % en 2026 contre 59 % en 2024.
L’étude, intitulée Reindustrialization of Europe and US 2026, repose sur l’interrogation de 1 208 dirigeants entre le 2 janvier et le 3 février 2026, dans treize secteurs industriels et onze pays (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas et pays nordiques). Les organisations sondées dépassent toutes 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel, ou 500 millions pour la défense.
Pression géopolitique : le moteur principal de la réindustrialisation en Espagne
L’accélération espagnole tranche avec une dynamique mondiale qui demeure prioritaire mais plus prudente. 85 % des dirigeants espagnols citent la pression géopolitique comme catalyseur direct de leurs décisions de relocalisation, davantage que dans la plupart des autres pays étudiés. La fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’inflation des droits de douane américains et la rivalité commerciale entre Washington et Pékin pèsent lourdement sur l’arbitrage industriel des grandes entreprises ibériques.
L’élément le plus frappant relevé par Capgemini concerne la résilience des stratégies : 60 % des entreprises espagnoles déclarent vouloir maintenir leur plan de réindustrialisation même si les coûts à court terme augmentent. Cet engagement contraste avec la prudence financière observée dans d’autres marchés européens, et témoigne de la conviction des dirigeants espagnols quant aux gains stratégiques à long terme.
L’Espagne devient le laboratoire européen d’une réindustrialisation moins capitalistique mais plus stratégique : 76 % des grandes entreprises engagées, contre 45 % il y a deux ans, prêtes à absorber des coûts à court terme pour sécuriser leurs chaînes de valeur.
Une réindustrialisation européenne plus sélective et moins capitalistique
Si l’adoption des stratégies de réindustrialisation progresse, les budgets associés reculent fortement. Les investissements planifiés sur les trois prochaines années passent de 4,7 trillions de dollars en 2025 à 2,5 trillions en 2026, soit une chute de près de moitié. Le Capgemini Research Institute parle d’un basculement d’un modèle capitalistique vers une approche plus sélective, ciblée sur les secteurs jugés stratégiques comme les semi-conducteurs, la défense et les technologies critiques.
Pour les trois prochaines années, les priorités d’investissement des organisations européennes et américaines convergent. Près de neuf entreprises sur dix (87 %) envisagent d’injecter des capitaux dans l’intelligence artificielle, l’automatisation et les jumeaux numériques, afin d’extraire plus de valeur d’usines existantes plutôt que de multiplier les nouvelles capacités de production.
| Indicateur | 2024 | 2026 |
|---|---|---|
| Entreprises avec stratégie de réindustrialisation (Espagne) | 45 % | 76 % |
| Entreprises avec stratégie de réindustrialisation (Europe + US) | 59 % | 73 % |
| Investissements prévus sur 3 ans | 4 700 Md$ | 2 500 Md$ |
Reshoring américain, friendshoring européen : deux modèles distincts
L’étude met en évidence une divergence stratégique nette entre les deux rives de l’Atlantique. Aux États-Unis, le reshoring, c’est-à-dire le rapatriement direct de la production sur le sol national, monte à 48 % en 2026 contre 30 % un an plus tôt. En Europe continentale, le friendshoring est privilégié : 64 % des organisations choisissent de localiser leur production chez des pays alliés plutôt qu’en territoire national. Cette approche permet de combiner réduction de la dépendance à la Chine et préservation des coûts d’exploitation.
Les pays bénéficiaires de cette recomposition sont, dans l’ordre, l’Inde, le Vietnam, le Mexique et le Canada. Le sous-continent indien tire particulièrement parti de ce mouvement, grâce à un marché intérieur en pleine croissance, à une démographie favorable et à une politique industrielle volontariste menée par New Delhi. Les entreprises européennes utilisent ainsi cette diversification comme filet de sécurité face aux tensions commerciales avec Pékin.
Pour l’Espagne, un test grandeur nature de souveraineté industrielle
L’avance prise par Madrid s’inscrit dans une stratégie nationale plus large de transformation industrielle, soutenue par les fonds européens du plan de relance et par des aides ciblées au secteur des semi-conducteurs, des batteries et des énergies renouvelables. Le pays mise sur sa position géographique, son coût de l’électricité (porté par une forte intensité d’énergies renouvelables) et son marché du travail jeune pour attirer les industriels américains et asiatiques en quête de localisation européenne.
Reste à voir si la dynamique espagnole survivra à la baisse globale des investissements. Avec un total réduit à 2,5 trillions de dollars sur trois ans à l’échelle Europe-États-Unis, la concurrence pour capter les usines stratégiques devient féroce. Les autorités espagnoles devront convaincre que leur écosystème industriel offre un meilleur retour sur capital que ceux de l’Italie, de la France ou de l’Allemagne, dans un contexte où chaque euro d’investissement est désormais examiné à la loupe.
En 2026, 76 % des grandes entreprises espagnoles ont une stratégie de réindustrialisation, contre 45 % il y a deux ans, selon le Capgemini Research Institute. La pression géopolitique en est le principal moteur, citée par 85 % des dirigeants espagnols, et 60 % des entreprises maintiendront leurs plans même en cas de hausse des coûts. Au niveau Europe-États-Unis, les investissements prévus sur trois ans passent toutefois de 4 700 à 2 500 milliards de dollars : la réindustrialisation devient plus sélective, plus capital-light et plus tournée vers l’IA et l’automatisation.
Questions fréquentes sur la réindustrialisation en Espagne
Combien d’entreprises espagnoles ont une stratégie de réindustrialisation en 2026 ?
Selon le Capgemini Research Institute, 76 % des grandes entreprises espagnoles disposent désormais d’une stratégie formelle de réindustrialisation, contre seulement 45 % deux ans plus tôt. Ce taux place l’Espagne au-dessus de la moyenne combinée Europe-États-Unis, qui s’établit à 73 %.
Quels sont les moteurs de la réindustrialisation en Espagne ?
La pression géopolitique est citée par 85 % des dirigeants espagnols comme principal catalyseur. Les fragmentations des chaînes d’approvisionnement, la rivalité commerciale entre Washington et Pékin, ainsi que les fonds européens du plan de relance soutiennent cette dynamique.
Quelle est la différence entre reshoring et friendshoring ?
Le reshoring consiste à rapatrier la production sur le sol national, modèle privilégié par les entreprises américaines (48 % en 2026). Le friendshoring consiste à localiser la production dans des pays alliés mais étrangers, modèle adopté par 64 % des entreprises européennes. Inde, Vietnam, Mexique et Canada en sont les principales bénéficiaires.
Pourquoi les investissements de réindustrialisation chutent-ils en 2026 ?
Les investissements prévus sur trois ans passent de 4 700 milliards de dollars en 2025 à 2 500 milliards en 2026. Cette baisse reflète un basculement vers une approche plus sélective et moins capitalistique : 87 % des entreprises misent désormais sur l’IA, l’automatisation et les jumeaux numériques pour extraire plus de valeur des usines existantes.






