Trois publications, un même message : les revenus tiennent
Mercredi 29 avril 2026, trois des plus grandes banques européennes ont déposé sur la table des chiffres trimestriels qui dépassent les attentes — un résultat collectif qui détonne dans une période marquée par le retour de l’inflation, la flambée du pétrole liée à la guerre en Iran et un climat boursier hésitant. Deutsche Bank, Banco Santander et UBS revendiquent toutes trois un trimestre record ou supérieur au consensus, principalement portées par la volatilité des marchés et par la hausse des marges nettes d’intérêt en zone euro.
Le tableau d’ensemble cache toutefois des situations contrastées : trading dopé pour la banque allemande, plus-value exceptionnelle pour le géant espagnol, gestion de fortune triomphante pour le suisse. Le tout sur fond d’avertissement répété des dirigeants : si le conflit moyen-oriental dure, les coûts financiers finiront par peser sur la qualité du crédit et sur la confiance des entreprises.
Deutsche Bank : un bénéfice trimestriel record sous Christian Sewing
Le premier prêteur allemand a publié un bénéfice trimestriel après impôts record de 2,2 milliards d’euros, le plus élevé depuis l’arrivée de Christian Sewing à la tête du directoire en 2018. Le bénéfice net part du groupe ressort à 1,912 milliard d’euros, contre 1,775 milliard un an plus tôt et un consensus d’analystes attendu autour de 1,768 milliard. Le bénéfice avant impôts s’établit à 3 milliards d’euros, en progression de 7 % sur un an.
Le chiffre d’affaires net a augmenté de 2 % à 8,67 milliards d’euros, porté par la gestion d’actifs et la banque de détail. La banque privée a tiré son épingle du jeu avec un résultat avant impôts en hausse de 39 % à 681 millions d’euros. Les actifs sous gestion ont franchi la barre des 1 800 milliards d’euros, soutenus par 22 milliards d’euros de collecte nette sur les segments « private bank » et « asset management ».
Christian Sewing a salué un trimestre qui « donne à la banque un excellent point de départ pour la prochaine phase de sa stratégie ». Le directeur financier Raja Akram a, lui, attribué la flexibilité retrouvée des coûts à la fois à l’intelligence artificielle et à la réingénierie des processus internes. Mais Deutsche Bank reste sur ses gardes : ses provisions pour pertes sur créances ont gonflé de 10 % à 519 millions d’euros, reflet d’un « overlay » macroéconomique défensif. La cible annuelle de revenus a été maintenue autour de 33 milliards d’euros et un programme de rachat d’actions d’un milliard d’euros est en cours. À Francfort, le titre cédait pourtant près de 3 % à la mi-séance, les investisseurs se focalisant sur les risques.
« Ce bénéfice trimestriel record nous donne un excellent point de départ pour la prochaine phase de notre stratégie. »
— Christian Sewing, président du directoire de Deutsche Bank
Santander : la cession polonaise gonfle un trimestre déjà solide
De l’autre côté du continent, Banco Santander signe un trimestre extraordinaire, dopé par une opération exceptionnelle. Le bénéfice attribuable a bondi de 60 % à 5,455 milliards d’euros, gonflé par 1,9 milliard d’euros de plus-value liée à la cession de Santander Bank Polska. Hors cet effet ponctuel, le bénéfice sous-jacent ressort à 3,560 milliards d’euros, en progression toutefois robuste de 12 % sur un an.
Le total des revenus a augmenté de 4 % à 15,140 milliards d’euros, avec un produit net d’intérêt en hausse de 4 % et des commissions en croissance de 6 %. Les coûts ont reculé de 3 %, ce qui a permis au résultat opérationnel net de grimper de 10 %. Le coefficient d’exploitation s’améliore de trois points, à 42,8 %, l’un des meilleurs d’Europe. La banque a ajouté huit millions de clients sur la période et les encours de crédit comme de dépôts progressent autour de 4-5 % à change constant.
| Banco Santander — T1 2026 | Valeur | Variation YoY |
|---|---|---|
| Bénéfice attribuable | 5,455 Md€ | +60 % |
| Bénéfice sous-jacent | 3,560 Md€ | +12 % |
| Total des revenus | 15,140 Md€ | +4 % |
| Coefficient d’exploitation | 42,8 % | −3 pp |
| Ratio CET1 | 14,4 % | +1,5 pp |
Le ratio de fonds propres durs (CET1) atteint 14,4 %, soit 1,5 point de plus qu’un an auparavant — un matelas confortable face à un éventuel choc lié à la guerre en Iran. Santander confirme un programme de rachat d’actions de 5 milliards d’euros et vise un retour total aux actionnaires d’au moins 10 milliards sur 2025-2026. Une seule ombre : la division en ligne Openbank a vu son résultat sous-jacent chuter de 38 % à 290 millions d’euros, plombée par une provision de 207 millions liée au scandale britannique des crédits automobiles.
UBS : la gestion de fortune fait flamber le bénéfice net
Le numéro un suisse de la gestion de fortune a livré la plus forte progression du trio. Le bénéfice net du premier trimestre a bondi de 80 % à 3,04 milliards de dollars, porté par un trading dynamique et la hausse des frais de gestion. Les revenus se sont élevés à 13,6 milliards de francs suisses (environ 14,7 milliards d’euros), tandis que le résultat avant impôts sous-jacent a progressé de 54 %.
Le ratio CET1 atteint 13,8 %, et la banque maintient un programme de rachat de 3 milliards de dollars qu’elle compte boucler d’ici la fin du second trimestre. Les dirigeants ont prévenu que l’impact économique du conflit iranien restait « gérable s’il est de courte durée » — une précision lourde de sens à l’heure où le détroit d’Ormuz reste fermé pour le quatrième mois consécutif.
Résultats banques européennes T1 2026 : trois leçons et une zone d’alerte
La lecture combinée des trois publications permet d’identifier ce qui change cette année. Premièrement, la volatilité géopolitique a été un puissant accélérateur de revenus pour les activités de marché. La banque d’investissement de Deutsche Bank a vu ses revenus de trading augmenter de manière disproportionnée, un effet déjà observé chez Goldman Sachs au premier trimestre. Deuxièmement, la perspective d’une hausse des taux directeurs de la BCE — désormais largement anticipée par les marchés après la remontée de l’inflation à 2,5 % en mars — soutient les marges nettes d’intérêt en zone euro. Troisièmement, les banques disposent de matelas de capital suffisamment épais pour absorber un choc, comme l’illustrent les CET1 supérieurs à 13,5 % chez les trois acteurs.
La zone d’alerte, en revanche, est macroéconomique. La BCE a déjà prévenu que la guerre déclenchait une révision à la baisse des perspectives de croissance à court terme : choc énergétique, perte de pouvoir d’achat des ménages, hausse des coûts de financement via les écarts de spreads obligataires. C’est la raison pour laquelle Deutsche Bank a alourdi ses provisions pour pertes sur créances et conserve un ton défensif sur le second semestre. Les analystes scrutent désormais avec précision la qualité du crédit des banques européennes pour les prochains trimestres.
TotalEnergies et Mercedes : deux miroirs inversés du climat européen
La même journée, deux autres publications de poids ont éclairé le contexte. Côté énergie, TotalEnergies a fait état d’un bénéfice net en hausse de 51 % à 5,8 milliards de dollars (4,95 milliards d’euros), soutenu par la fermeté des prix du pétrole et du gaz. La major française a annoncé une hausse du dividende de 5,9 % et un nouveau programme de rachat d’actions de 1,5 milliard de dollars pour le second trimestre, en haut de fourchette.
À l’autre bout du spectre, Mercedes-Benz a publié un trimestre douloureux : le bénéfice opérationnel a reculé de 17 % à 1,9 milliard d’euros, le chiffre d’affaires de 4,9 % à 31,6 milliards. La marge opérationnelle de la division automobile s’est effondrée de 7,3 % à 4,1 % en un an. La cause est connue : un effondrement de 27 % des ventes en Chine — où BYD et Nio dévorent le segment premium — combiné à la pression tarifaire américaine et au coût de la transition électrique. Le directeur financier Harald Wilhelm assure néanmoins que le résultat opérationnel annuel sera « significativement supérieur » à celui de 2025 (5,8 milliards d’euros), grâce à un carnet de commandes solide et à une rafale de 40 lancements prévus entre 2025 et 2027.
Les résultats des banques européennes au T1 2026 dépassent les attentes des analystes pour Deutsche Bank (2,2 Md€ de bénéfice trimestriel record), Santander (5,455 Md€ de bénéfice attribuable, dopé par la vente de Santander Bank Polska) et UBS (3,04 Md$, +80 %). Les trois banques affichent des CET1 confortables (13,8 % à 14,4 %) et poursuivent leurs rachats d’actions. Côté risques, la guerre en Iran alourdit déjà les provisions chez Deutsche Bank et fait peser une menace sur la qualité du crédit au second semestre.
Pourquoi les banques européennes affichent-elles des résultats records au T1 2026 ?
Trois facteurs cumulés expliquent ces résultats records : la volatilité provoquée par la guerre en Iran a dopé les revenus des activités de trading, la perspective d’une hausse des taux directeurs de la BCE soutient les marges nettes d’intérêt, et la collecte d’actifs sous gestion reste dynamique. Pour Banco Santander, l’effet est amplifié par une plus-value exceptionnelle de 1,9 milliard d’euros liée à la cession de Santander Bank Polska.
Quel est l’impact de la guerre en Iran sur les banques européennes ?
L’effet est à double tranchant. À court terme, la volatilité énergétique et boursière dope les revenus de trading et de marché. À moyen terme, la BCE a déjà alerté sur une révision à la baisse des perspectives de croissance, le choc énergétique pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts de financement des entreprises. Deutsche Bank a déjà alourdi ses provisions pour pertes sur créances de 10 %, à 519 millions d’euros.
Quels rachats d’actions et dividendes ont été annoncés ?
Deutsche Bank poursuit un rachat d’actions d’un milliard d’euros. Banco Santander confirme un programme de 5 milliards d’euros et vise au moins 10 milliards de retour total aux actionnaires sur 2025-2026. UBS maintient un rachat de 3 milliards de dollars qu’elle compte boucler d’ici la fin du second trimestre. TotalEnergies a relevé son dividende de 5,9 % et annoncé un rachat additionnel de 1,5 milliard de dollars.
Quels sont les ratios de capital CET1 des banques européennes au T1 2026 ?
Les trois grandes banques affichent des ratios CET1 confortables, bien au-dessus des exigences réglementaires : 14,4 % pour Banco Santander (en hausse de 1,5 point sur un an), 13,8 % pour UBS, et un niveau jugé « solide » par Deutsche Bank. Ces matelas de capital constituent un coussin précieux face au risque macroéconomique lié au conflit iranien.
Pourquoi le titre Deutsche Bank baisse-t-il malgré ces résultats records ?
L’action Deutsche Bank cédait près de 3 % à la mi-séance à Francfort le 29 avril 2026, malgré un bénéfice trimestriel record. Les investisseurs ont focalisé leur attention sur la hausse de 10 % des provisions pour pertes sur créances et sur la prudence affichée par la direction concernant le second semestre — la banque maintient sa cible annuelle de revenus de 33 milliards d’euros sans la relever.
