Eramet : pourquoi l’AMF dispense l’État de lancer une OPA
L’Autorité des marchés financiers (AMF) a fait savoir lundi 26 octobre que l’État n’aurait pas à déposer d’offre publique d’achat sur Eramet, même s’il monte très significativement à son capital. Une OPA est normalement obligatoire dès qu’un actionnaire franchit 30 % du capital ou des droits de vote d’une société cotée. Le gendarme boursier a ici accordé une dérogation, en invoquant « la situation avérée de difficulté financière » du groupe minier.
Dans son avis, l’AMF est sans ambiguïté sur l’urgence : sans l’augmentation de capital de 500 millions d’euros prévue d’ici la fin de l’année, Eramet « aura des difficultés significatives à refinancer sa dette », et sa continuité d’exploitation « pourrait s’en trouver obérée ». L’autorité a aussi pris en compte une « conjoncture particulière », marquée par une volatilité des prix des matières premières qui a dégradé les principaux indicateurs financiers du groupe.
Un sauvetage par l’État qui rebat les cartes de l’actionnariat
Mi-octobre, l’Élysée avait annoncé que l’État allait « augmenter significativement sa participation » au capital du groupe, au point d’en devenir « très largement le premier actionnaire ». Concrètement, l’Agence des participations de l’État (APE) souscrira à l’augmentation de capital au-delà de sa quote-part et reprendra une partie de la participation de la famille Duval.
« Les métaux stratégiques sont un élément clé de puissance. Ce sujet a toujours été critique, il est devenu encore plus important ces dernières années. »
— Entourage du chef de l’État, cité par Le Figaro
À fin 2025, l’État détenait un peu plus de 27 % du capital, derrière la famille industrielle Duval, actionnaire de référence depuis 1999, qui en détenait environ 37 %. À l’issue de l’opération, la famille Duval détiendra bien moins du capital et des droits de vote, mais compte rester le deuxième actionnaire du groupe. Une page se tourne ainsi pour l’une des grandes entreprises minières françaises.
Manganèse, nickel, lithium : un groupe fragilisé par la chute des cours
Eramet produit du manganèse, utile à la fabrication d’alliages, du nickel destiné à l’acier inoxydable et aux batteries rechargeables, des sables minéralisés et, depuis fin 2024, du lithium, également utilisé dans les batteries électriques. Or le manganèse et le nickel ont connu en 2025 une chute de leurs prix, qui a pesé lourdement sur les comptes : le groupe a subi de lourdes pertes financières en 2025 et reste fortement endetté.
C’est dans ce contexte qu’Eramet avait annoncé dès février une augmentation de capital, présentée comme « essentielle pour le groupe », programmée au quatrième trimestre. L’opération doit se faire avec droits préférentiels de souscription, c’est-à-dire en offrant d’abord aux actionnaires existants le droit de souscrire. Le groupe publiera son chiffre d’affaires du troisième trimestre ce jeudi 29 octobre.
Souveraineté et métaux critiques : l’enjeu derrière le sauvetage d’Eramet
Au-delà du sort d’un groupe coté, l’opération illustre la place croissante des métaux stratégiques dans la politique industrielle. Pour l’exécutif, détenir plus directement le capital d’un acteur du nickel, du manganèse et du lithium relève d’une logique de puissance et d’approvisionnement, au moment où l’électrification de l’économie accroît la demande pour ces matières.
Reste à voir comment l’État exercera cette influence accrue : gouvernance, stratégie d’investissement, arbitrages entre projets miniers. Le calendrier d’abord : l’augmentation de capital est attendue avant la fin de 2026, après la publication du chiffre d’affaires trimestriel.
L’AMF dispense l’État d’OPA sur Eramet en raison de la situation avérée de difficulté financière du groupe. Une augmentation de capital de 500 millions d’euros est attendue d’ici la fin de 2026 : l’État deviendra premier actionnaire, devant la famille Duval, qui restera deuxième. Prochain rendez-vous : le chiffre d’affaires du troisième trimestre, le 29 octobre.
Questions fréquentes sur le sauvetage d’Eramet
Pourquoi l’État n’a-t-il pas à lancer d’OPA sur Eramet ?
L’AMF a accordé une dérogation à l’obligation d’OPA au-delà de 30 % du capital, en raison de la situation avérée de difficulté financière du groupe.
Quel est le montant de l’augmentation de capital d’Eramet ?
Elle s’élève à 500 millions d’euros, attendue d’ici la fin de 2026, avec droits préférentiels de souscription.
Qui sera le premier actionnaire d’Eramet ?
L’État, via l’Agence des participations de l’État, devant la famille Duval, qui restera deuxième actionnaire.






