Rachat d’easyJet : la compagnie low cost rejette l’offre de 5,9 milliards d’euros du fonds américain Castlelake

Le fonds américain Castlelake porte sa bataille pour le rachat d'easyJet sur la place publique. Après trois refus, la compagnie low cost britannique juge l'offre de 5,9 milliards d'euros « opportuniste » et campe sur sa valeur de long terme.

Avion low cost vu de dessous au-dessus d'un ciel nuageux, illustrant le rachat d'easyJet

Castlelake relance la bataille pour le rachat d’easyJet

La pression monte sur l’une des plus grandes compagnies aériennes d’Europe. Le fonds d’investissement américain Castlelake a rendu publique, le 22 juin 2026, sa dernière proposition de rachat d’easyJet, après s’être heurté à trois refus du conseil d’administration de la compagnie low cost britannique. En portant le dossier sur la place publique, le fonds tente désormais de convaincre directement les actionnaires d’examiner les « mérites » d’une offre que la direction d’easyJet juge, elle, « extrêmement opportuniste ».

Castlelake, qui détient déjà environ 2,14 % du capital d’easyJet via les fonds qu’il gère, avait dévoilé son intérêt le mois précédent. Cette troisième proposition est qualifiée d’indicative et non contraignante : il ne s’agit pas encore d’une offre publique d’achat ferme, mais d’une manœuvre destinée à forcer la main du conseil.

Une prime de 59 % jugée « opportuniste »

L’offre valorise easyJet à près de 4,74 milliards de livres, soit environ 5,9 milliards d’euros. Castlelake propose 625 pence par action, une prime d’environ 59 % sur le cours de fin mai, avant que son intérêt ne soit connu du marché. Rapportée au cours de clôture de la semaine précédant l’annonce, cette prime se réduit toutefois à environ 24 % — le titre s’étant déjà apprécié dans l’intervalle.

Paramètre Donnée
Prix proposé par action 625 pence
Valorisation totale ≈ 4,74 Md£ (≈ 5,9 Md€)
Prime (vs cours de fin mai) ≈ 59 %
Participation actuelle de Castlelake ≈ 2,14 %
Nombre d’offres rejetées 3

Le marché, lui, reste sceptique sur l’issue de l’opération. Au lendemain de l’annonce, l’action easyJet ne gagnait que 3,4 %, à 5,21 livres — soit toujours nettement en deçà des 6,25 livres offertes, signe que les investisseurs doutent que le fonds aille au bout de sa démarche.

« Le marché ne croit pas que Castlelake ira au bout, dans la mesure où le cours de l’action reste très nettement inférieur à la dernière offre. »

— Dan Coatsworth, responsable des marchés, AJ Bell

Un montage à deux actionnaires européens pour contourner les règles de l’UE

Le principal obstacle au rachat d’easyJet par un fonds américain n’est pas seulement financier : il est réglementaire. La législation européenne impose qu’une compagnie aérienne opérant dans l’UE soit majoritairement détenue par des ressortissants européens. Pour s’y conformer, Castlelake a imaginé un montage où il s’associerait à deux hommes d’affaires européens, lesquels contrôleraient une société basée dans l’UE détenant la majorité de la compagnie.

Les deux noms avancés ne sont pas inconnus du secteur. Peter Bellew, ancien directeur des opérations d’easyJet — poste qu’il avait aussi occupé chez Ryanair — a quitté la compagnie en 2022, après une période troublée marquée par des pénuries de personnel et de nombreuses annulations. Mark Breen, lui, a dirigé un cabinet de conseil aéronautique et occupé des fonctions de direction dans plusieurs compagnies. easyJet a balayé ce dispositif, qu’elle juge « opaque » et insuffisant pour évaluer la faisabilité réelle du projet.

Pourquoi l’action easyJet est sous pression

Si Castlelake estime pouvoir acheter easyJet « à bon compte », c’est précisément parce que le cours de la compagnie a été fragilisé ces dernières semaines. La direction met en avant un cours « temporairement déprimé » par les conséquences de la guerre au Moyen-Orient : le conflit a fait flamber le prix du kérosène, alourdi les coûts d’exploitation et creusé les pertes, tout en pesant sur la demande de voyages. Un contexte que la compagnie présente comme conjoncturel, là où le fonds y voit une fenêtre de tir.

easyJet, qui revendique plus de 90 millions de passagers transportés l’an dernier sur plus de 1 200 lignes dans 38 pays, défend de son côté la solidité de sa stratégie et sa « capacité à générer une valeur attractive à long terme pour les actionnaires ».

Échéance au 26 juin : l’heure du « put up or shut up »

Le calendrier va désormais peser lourd. En vertu du Takeover Code britannique, qui encadre les opérations de rachat, Castlelake a jusqu’au vendredi 26 juin 2026 pour transformer son intérêt en offre ferme ou y renoncer — la règle dite du « put up or shut up ». D’ici là, le bras de fer se joue à distance, le fonds pariant sur la lassitude des actionnaires, la compagnie sur la conviction que sa valeur réelle dépasse largement le prix proposé.

L’essentiel à retenir

Le fonds américain Castlelake a vu sa troisième offre de rachat d’easyJet, valorisée 5,9 milliards d’euros (625 pence par action), rejetée par le conseil d’administration, qui la juge « opportuniste ». Pour respecter l’obligation européenne d’actionnariat majoritairement communautaire, le fonds propose un montage avec deux dirigeants européens. La direction d’easyJet invoque un cours pénalisé par la flambée du kérosène liée à la guerre au Moyen-Orient. Échéance décisive : le 26 juin 2026, Castlelake devra déposer une offre ferme ou se retirer.

 

Questions fréquentes

Qui veut racheter easyJet ?

Le fonds d’investissement américain Castlelake, déjà actionnaire d’easyJet à hauteur d’environ 2,14 %, a formulé trois offres de rachat en juin 2026, toutes rejetées par le conseil d’administration de la compagnie.

Combien vaut l’offre de Castlelake sur easyJet ?

La dernière proposition s’élève à 625 pence par action, ce qui valorise easyJet à environ 4,74 milliards de livres, soit près de 5,9 milliards d’euros, avec une prime d’environ 59 % sur le cours de fin mai.

Pourquoi easyJet rejette-t-elle l’offre ?

Le conseil d’administration juge l’offre « extrêmement opportuniste », estimant que le cours de l’action est temporairement déprimé par la flambée du kérosène liée à la guerre au Moyen-Orient et qu’il ne reflète pas la valeur à long terme de la compagnie.

Que se passe-t-il après le 26 juin ?

En vertu des règles britanniques sur les rachats (Takeover Code), Castlelake doit, au plus tard le 26 juin 2026, déposer une offre ferme ou renoncer à son projet pour une période déterminée.