Surcapacité de l’acier : l’OCDE alerte sur une crise mondiale qui menace la sidérurgie européenne

L’OCDE prévoit une surcapacité mondiale de 745 millions de tonnes d’ici 2028, alimentée par les exportations chinoises. Pour protéger sa sidérurgie en difficulté, l’Union européenne durcit ses quotas et ses droits de douane dès le 1er juillet.

Surcapacité acier aciérie européenne bobines
Sommaire

 

Surcapacité de l’acier : l’OCDE tire la sonnette d’alarme

Le 4 juin 2026, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié un nouvel avertissement sur l’état du marché mondial de l’acier. Selon ses projections, la surcapacité de l’acier mondiale, déjà estimée à 640 millions de tonnes en 2025, grimperait à 745 millions de tonnes d’ici 2028. Un excédent vertigineux : il dépasserait à lui seul d’environ 320 millions de tonnes la production annuelle de l’ensemble des pays de l’OCDE.

Le déséquilibre tient à un effet de ciseaux. Tandis que la demande mondiale d’acier ne devrait progresser que de 34 millions de tonnes entre 2026 et 2028, les producteurs prévoient d’ajouter jusqu’à 139 millions de tonnes de nouvelles capacités sur la même période. L’offre s’emballe pendant que la consommation stagne — la recette d’une guerre des prix mondiale.

La Chine au cœur de la crise de surcapacité

Au centre du diagnostic de l’OCDE : la Chine. Premier producteur et premier exportateur mondial, le pays a expédié un volume record de 131 millions de tonnes d’acier en 2025. L’organisation pointe surtout le rôle des soutiens publics : l’entreprise sidérurgique chinoise médiane bénéficierait de subventions équivalentes à quinze fois celles perçues par ses concurrentes ailleurs dans le monde, rapportées au total de leurs actifs.

Autre signal d’alerte, le contournement des barrières douanières : les exportations chinoises d’acier semi-fini vers l’Asie du Sud-Est ont bondi de 300 %, un détour qui permet de réintroduire ensuite le métal sur d’autres marchés. À cela s’ajoute une tension sur les matières premières, 42 pays restreignant désormais leurs exportations de ferraille.

« Nous devons nous attaquer aux causes profondes, notamment les subventions néfastes et les autres pratiques non marchandes. »

— Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE

Une sidérurgie européenne fragilisée

Pour l’Europe, l’addition est lourde. La production d’acier de l’Union a reculé de 65 millions de tonnes depuis 2007, et le taux d’utilisation des capacités est tombé à 67 % — bien en dessous du seuil de rentabilité estimé du secteur. Conséquence directe sur l’emploi : la filière a perdu environ 30 000 postes depuis 2018, dont 18 000 pour la seule année 2024.

La facture énergétique aggrave la situation. L’énergie peut représenter jusqu’à 40 % du coût de production d’une tonne d’acier, un poste sous pression dans un contexte de prix élevés. Pénalisés sur leurs coûts et concurrencés par des importations vendues à bas prix, les sidérurgistes européens réclament depuis des mois une protection renforcée. La logique n’est pas sans rappeler la montée des tensions commerciales sur l’automobile, autre secteur industriel exposé à la concurrence mondiale.

Le bouclier commercial de l’UE entre en vigueur le 1er juillet

Bruxelles a décidé de répondre à la surcapacité de l’acier par un durcissement net de sa politique commerciale. Les mesures de sauvegarde de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en vigueur depuis 2018, expirent le 30 juin 2026. Un nouveau régime, plus protecteur, leur succède dès le 1er juillet 2026.

Mesure Donnée clé
Contingent d’importation en franchise de droits 18,3 millions de tonnes / an
Réduction par rapport aux quotas de 2024 − 47 %
Droit de douane au-delà du contingent 50 % (contre 25 % auparavant)
Entrée en vigueur 1er juillet 2026
Surcapacité mondiale visée (OCDE) 640 Mt (2025) → 745 Mt (2028)

Concrètement, le volume d’acier importable sans droit de douane est quasiment divisé par deux, et tout dépassement — comme les produits non couverts par le contingent — sera taxé à 50 %. Un tour de vis assumé, censé endiguer la déferlante d’importations à bas coût.

Quelles perspectives pour l’acier européen ?

Le nouveau bouclier offre un répit aux industriels du continent, mais ne règle pas le problème de fond. L’OCDE insiste : sans action coordonnée à l’échelle internationale contre les subventions et les pratiques de marché déloyales, la surcapacité de l’acier continuera de peser sur les prix mondiaux. Les mesures européennes risquent en outre de provoquer des réponses commerciales et de pousser les flux excédentaires vers d’autres marchés.

Pour la sidérurgie européenne, l’enjeu dépasse la simple protection douanière. Il s’agit aussi de financer la décarbonation des hauts-fourneaux et de sécuriser un approvisionnement énergétique compétitif. La protection achète du temps ; elle ne dispense pas la filière d’une mue industrielle profonde.

L’essentiel à retenir

L’OCDE alerte sur une surcapacité mondiale de l’acier qui passerait de 640 à 745 millions de tonnes d’ici 2028, nourrie par les exportations et les subventions chinoises. La sidérurgie européenne, dont le taux d’utilisation est tombé à 67 %, en paie le prix. Pour riposter, l’UE met en place dès le 1er juillet 2026 un quota d’importation abaissé à 18,3 Mt et un droit de douane de 50 % au-delà. Un répit, mais pas une solution de fond.

 

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la surcapacité de l’acier ?

La surcapacité désigne l’écart entre la capacité de production mondiale d’acier et la demande réelle. Selon l’OCDE, elle atteindrait 745 millions de tonnes d’ici 2028, soit bien plus que ce que le marché peut absorber, ce qui tire les prix vers le bas.

Pourquoi la Chine est-elle pointée du doigt ?

La Chine est le premier producteur et exportateur mondial d’acier, avec un record de 131 millions de tonnes exportées en 2025. L’OCDE estime que ses producteurs bénéficient de subventions très supérieures à celles de leurs concurrents, ce qui fausse la concurrence.

Quelles mesures l’UE met-elle en place en 2026 ?

À partir du 1er juillet 2026, l’Union européenne abaisse son contingent d’importation d’acier en franchise de droits à 18,3 millions de tonnes par an (− 47 % par rapport à 2024) et applique un droit de douane de 50 % au-delà de ce seuil.

Quel impact sur la sidérurgie européenne ?

La production de l’UE a reculé de 65 millions de tonnes depuis 2007 et le taux d’utilisation des capacités est tombé à 67 %. La filière a perdu environ 30 000 emplois depuis 2018. Les nouvelles mesures visent à la protéger des importations à bas prix.