Commerce mondial des services : 9 560 milliards de dollars et une croissance qui dépasse celle des marchandises

Les services franchissent désormais les frontières plus vite que les conteneurs. Et si l'on compte les filiales étrangères, comme le fait l'OCDE, le marché pèse près du double de ce que dit l'OMC. Une bascule dont l'Europe n'est pas la mieux placée pour profiter.

Quartier d'affaires européen au crépuscule

Commerce mondial des services : 9 560 milliards de dollars en 2025

Les chiffres publiés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans son rapport Global Trade Outlook and Statistics de mars 2026 disent la même chose que les années précédentes, mais avec un écart qui se creuse. En 2025, la valeur des exportations mondiales de marchandises a atteint 26 260 milliards de dollars, en hausse de 7 % sur un an. Celle des services commerciaux s’est établie à 9 560 milliards de dollars, en progression de 8 %.

Un point d’écart, cela paraît anecdotique. Ça ne l’est pas. Sur un stock trois fois moindre, un rythme supérieur signifie que le rattrapage est enclenché — et que la composition du commerce mondial se déforme lentement mais sûrement au profit de l’immatériel. L’OMC, dans le même document, anticipe d’ailleurs un net coup de frein sur les marchandises en 2026, à 1,9 % de croissance en volume contre 4,6 % en 2025.

Sommaire

 

Ce que les statistiques de l’OMC ne comptent pas

Les 9 560 milliards de l’OMC ne mesurent qu’une partie de la réalité. Ils recensent les services franchissant une frontière : une prestation informatique facturée depuis Bangalore, une nuitée d’hôtel vendue à un touriste étranger, un transport maritime opéré sous pavillon tiers. Ils ignorent en revanche la première voie d’accès des grands groupes aux marchés étrangers — la filiale locale.

C’est précisément ce que l’OCDE a entrepris de chiffrer dans son rapport Trends in Global Value Chains, publié le 9 juillet 2026. En intégrant les services fournis par les filiales étrangères de multinationales implantées dans un pays donné — ce que la méthodologie de l’OMC laisse de côté —, l’organisation parisienne porte l’offre mondiale de services à environ 18 900 milliards de dollars. Soit près du double de la mesure officielle.

Mesure Source Montant
Exportations mondiales de marchandises (2025) OMC, mars 2026 26 260 Md$
Exportations mondiales de services commerciaux (2025) OMC, mars 2026 9 560 Md$
Offre mondiale totale de services, filiales incluses OCDE, juillet 2026 ≈ 18 900 Md$
Services fournis par les filiales étrangères (2023) OCDE, juillet 2026 ≈ 8 800 Md$

L’enjeu n’est pas comptable. Tant que la moitié du marché reste hors du champ statistique, les négociations commerciales, les analyses de dépendance et les débats sur le déclin européen se conduisent sur des données tronquées.

Une croissance de 64 % en douze ans, contre 26 % pour les marchandises

Sur la période 2011-2023, l’OCDE mesure une progression d’environ 64 % pour le commerce des services, contre environ 26 % pour celui des marchandises. L’écart se creuse surtout à partir du milieu des années 2010 : les échanges de biens manufacturiers fléchissent, tandis que les services transfrontaliers et ceux délivrés via filiales continuent leur ascension sans marquer de pause.

Agrégés, le commerce transfrontalier de services et l’activité des filiales à l’étranger représentent désormais 21 % du PIB mondial. Un cinquième de la richesse produite sur la planète transite par une prestation de service vendue au-delà d’une frontière ou par une filiale étrangère.

Un cinquième du PIB mondial passe désormais par un service vendu au-delà d’une frontière — un flux que la statistique officielle ne capte qu’à moitié.

Pourquoi les services s’installent au cœur de l’industrie

La bascule ne vient pas d’un effondrement de l’industrie, mais de sa transformation. Fabriquer un produit fini mobilise aujourd’hui une chaîne de prestations que l’on ne facturait pas séparément il y a vingt ans : services aux entreprises, finance, télécommunications, transport, logistique, et surtout redevances liées à la propriété intellectuelle.

Les infrastructures de données, l’informatique en nuage, les plateformes numériques, les technologies de prestation à distance et, plus récemment, l’intelligence artificielle ont fait le reste : elles ont élargi la gamme de ce qui peut être vendu à distance. Un service de maintenance prédictive, une capacité de calcul, un modèle entraîné — autant de biens économiques qui ne passent aucune douane et n’apparaissent dans aucune statistique de fret.

C’est aussi ce qui explique la résilience du commerce mondial malgré les tensions douanières : ce qui se déplace le plus vite ne se déplace plus par conteneur.

L’Europe, deuxième pôle d’un marché que les États-Unis dominent

Sur les services fournis par les filiales de grands groupes, les États-Unis mènent la danse, loin devant. Les Pays-Bas, la France, la Suisse et le Royaume-Uni forment le peloton suivant — une configuration où l’Europe pèse collectivement, mais où aucun pays ne fait le poids seul.

Le déséquilibre est structurel plus que conjoncturel. Une large part des flux transatlantiques de services correspond à des redevances d’usage de la propriété intellectuelle : les filiales européennes de groupes américains rémunèrent leur maison mère pour l’usage des marques. S’y ajoutent les services professionnels, scientifiques et techniques — l’activité des grands cabinets de conseil — et les services de télécommunication, d’informatique et d’information, où les acteurs américains occupent une position dominante sur le marché européen.

Autrement dit, le poste sur lequel le commerce mondial croît le plus vite est aussi celui où la dépendance européenne est la plus difficile à réduire : elle ne se corrige ni par un droit de douane, ni par une relocalisation d’usine.

L’essentiel à retenir

Le commerce mondial des services a atteint 9 560 milliards de dollars en 2025 selon l’OMC, en hausse de 8 %, contre 7 % pour les marchandises. En intégrant les filiales étrangères, l’OCDE porte l’offre réelle à environ 18 900 milliards, soit près du double. Entre 2011 et 2023, les services ont progressé de 64 % contre 26 % pour les biens, et pèsent aujourd’hui 21 % du PIB mondial. Pour l’Europe, l’angle mort est là : le segment le plus dynamique du commerce mondial est aussi celui où sa dépendance aux acteurs américains est la plus structurelle.

 

Questions fréquentes

Quel est le montant du commerce mondial des services en 2025 ?

Selon l’Organisation mondiale du commerce, les exportations mondiales de services commerciaux ont atteint 9 560 milliards de dollars en 2025, en progression de 8 % sur un an. L’OCDE, qui intègre en plus les services fournis par les filiales étrangères de multinationales, évalue l’offre mondiale totale à environ 18 900 milliards de dollars.

Pourquoi les chiffres de l’OMC et de l’OCDE diffèrent-ils autant ?

L’OMC ne comptabilise que les services franchissant effectivement une frontière. L’OCDE ajoute la fourniture de services par les filiales étrangères de multinationales implantées localement — environ 8 800 milliards de dollars en 2023 — que la méthodologie de l’OMC laisse de côté.

Le commerce des services croît-il plus vite que celui des marchandises ?

Oui. En 2025, les services ont progressé de 8 % contre 7 % pour les marchandises. Sur la période plus longue 2011-2023, l’écart est bien plus net : environ 64 % de croissance pour les services contre environ 26 % pour les marchandises, selon l’OCDE.

Quelle part du PIB mondial le commerce des services représente-t-il ?

En agrégeant le commerce transfrontalier de services et l’activité des filiales étrangères, l’OCDE estime que ces échanges atteignent environ 21 % du PIB mondial.