Ventes d’armes de la France : 21,2 milliards d’euros de commandes en 2025, un sommet qui se confirme

Deux années de suite au-dessus de 20 milliards d'euros : l'industrie de défense française a cessé de vivre au rythme des contrats du siècle. Le rapport au Parlement publié le 12 août par le ministère des Armées dessine un modèle plus régulier — et plus disputé. Car pendant que Paris consolide, Berlin accélère.

Coque de frégate en cale sèche sous des portiques dans un chantier naval militaire

Deux années de suite au-dessus de 20 milliards d’euros : l’industrie de défense française a cessé de vivre au rythme des contrats du siècle. Le rapport au Parlement publié le 12 août par le ministère des Armées dessine un modèle plus régulier — et plus disputé. Car pendant que Paris consolide, Berlin accélère et de nouveaux exportateurs grignotent le terrain.

Sommaire

 

Ventes d’armes de la France : 21,2 milliards d’euros en 2025

Les prises de commandes à l’exportation de l’industrie française d’armement ont atteint 21,2 milliards d’euros en 2025, après 21,6 milliards en 2024, selon le rapport au Parlement 2026 mis en ligne le 12 août sur le site du ministère des Armées. C’est le troisième montant le plus élevé jamais enregistré, derrière le record de 2022 — 26,9 milliards d’euros, dopé par la commande de 80 Rafale par les Émirats arabes unis — et l’exercice 2024.

Le fait marquant n’est pas le niveau, c’est la stabilité. Le secteur avait l’habitude d’alterner pics et creux violents : après 2022, les prises de commandes s’étaient effondrées à 8,2 milliards d’euros en 2023. Deux exercices consécutifs au-delà de 20 milliards signalent autre chose qu’un coup de chance commercial : la demande mondiale s’est installée.

Année Prises de commandes à l’export Fait marquant
2022 26,9 milliards € Record historique — 80 Rafale aux Émirats arabes unis
2023 8,2 milliards € Creux après le pic
2024 21,6 milliards € Franchissement du seuil des 20 milliards
2025 21,2 milliards € Niveau confirmé pour la deuxième année

Cette bascule reflète le mouvement de réarmement engagé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Les dépenses militaires mondiales ont progressé d’environ 2,5 % en 2025 pour atteindre 2 630 milliards de dollars, soit 2 420 milliards d’euros, selon l’Institut international d’études stratégiques. Côté européen, les dépenses de défense des États membres de l’Union sont estimées à 381 milliards d’euros par l’Agence européenne de défense, en hausse de plus de 62 % entre 2020 et 2025.

Rafale, Scorpène, Caesar : les contrats de l’année

Le millésime 2025 a été porté par une série de signatures lourdes, réparties sur trois continents. L’Inde a commandé 26 Rafale et les armements associés pour sa marine ; l’Indonésie deux sous-marins Scorpène Evolved ; la Grèce une quatrième frégate de défense et d’intervention ; le Maroc des hélicoptères Caracal ; le Luxembourg un satellite de télécommunications militaires.

Le reste du portefeuille est européen, et il est révélateur. Des véhicules Scorpion partent en Belgique et au Luxembourg, des canons Caesar en Slovénie et en Croatie, des missiles de défense aérienne Mistral produits par MBDA en Roumanie, en Belgique, au Danemark, en Estonie et à Chypre. Autrement dit, une part croissante des ventes d’armes françaises se joue désormais à l’intérieur de l’Union européenne, entre alliés qui reconstituent leurs stocks.

Le Rafale de Dassault Aviation reste le premier moteur de l’ensemble et tire tout le secteur aéronautique, qui pèse environ 40 % des prises de commandes de 2025. Le rapport souligne l’enjeu industriel : le succès continu de l’avion à l’export sécurise une chaîne de production qui n’est financièrement viable qu’au-dessus d’un certain nombre d’appareils fabriqués chaque année.

« Les exportations constituent un levier indispensable au maintien d’une base industrielle apte à équiper nos forces. »

— Rapport au Parlement 2026 sur les exportations d’armement, ministère des Armées

Le missile, segment qui progresse le plus vite

C’est le missile qui affiche la plus forte accélération : + 15 % entre 2024 et 2025, selon le rapport, sous le double effet des réexportations vers l’Ukraine et de la reconstitution des stocks nationaux. Le segment représente 18 % des prises de commandes de l’année, juste derrière le naval (environ 19 %) et devant les matériels terrestres (12 %).

Cette hiérarchie dit quelque chose de la nature du réarmement européen. On n’achète plus seulement des plateformes — avions, navires, blindés — mais des munitions et des effecteurs, c’est-à-dire ce qui se consomme au combat. C’est un marché à rotation rapide, moins spectaculaire qu’une commande de frégates, mais beaucoup plus récurrent. La même logique tire l’activité des équipementiers navals, comme l’a montré l’offre de Safran sur Exail Technologies dans les drones navals.

Sept milliards d’euros de « petits » contrats

Le chiffre le plus intéressant du rapport n’est pas le plus gros. Au-delà des contrats emblématiques, les commandes inférieures à 200 millions d’euros cumulent environ 7 milliards d’euros en 2025, contre 6 milliards en 2024. Ce socle regroupe le maintien en condition opérationnelle, la formation et la modernisation des matériels — des activités qui découlent mécaniquement des grands contrats signés les années précédentes.

Pour l’industrie, cette composante vaut de l’or : elle est peu cyclique, à marge généralement supérieure, et elle alimente les carnets pendant les creux de commandes neuves. Elle explique en partie pourquoi le trou d’air de 2023 ne s’est pas reproduit. Le ministère rappelle par ailleurs que la filière défense représente 240 000 emplois répartis sur l’ensemble du territoire, avec une perspective de charge à long terme qui conditionne les investissements de capacité des industriels.

Ventes d’armes : la France sous pression allemande

La France conserve son rang de deuxième exportateur mondial, mais l’écart avec le premier reste abyssal : les États-Unis ont délivré pour 283 milliards d’euros d’autorisations de vente en 2025. Surtout, le rapport reconnaît une « concurrence resserrée ».

Le concurrent le plus direct est désormais européen. Sur la période 2021-2025, l’Allemagne devient le quatrième fournisseur mondial d’armements majeurs avec 5,7 % des exportations, dépassant la Chine, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) ; la France en représente 9,8 %. Berlin bénéficie de la montée en puissance de son budget de défense, portée par un effort qui place l’Allemagne au quatrième rang mondial des dépenses militaires. Les rapprochements industriels franco-allemands, à l’image du poids croissant de l’Allemagne au capital de KNDS, se négocient dans ce rapport de force.

Trois autres acteurs progressent vite : la Chine, la Corée du Sud et la Turquie, qui combinent une montée en gamme technologique et un contrôle des exportations plus permissif que le régime français. Le rapport pointe enfin un facteur structurel : le développement des drones aériens, navals et terrestres abaisse les barrières à l’entrée du marché, en permettant à des industriels sans héritage de plateformes lourdes de se positionner sur des segments entiers.

L’essentiel à retenir

Les ventes d’armes françaises ont atteint 21,2 milliards d’euros de prises de commandes en 2025, deuxième année consécutive au-dessus de 20 milliards, selon le rapport au Parlement publié le 12 août 2026. L’aéronautique en concentre environ 40 %, tirée par le Rafale, tandis que le missile progresse de 15 % sur un an. Un socle de contrats de moins de 200 millions d’euros pèse désormais 7 milliards et amortit les cycles. Le point de vigilance est la concurrence allemande : sur 2021-2025, l’Allemagne devient quatrième exportateur mondial avec 5,7 % de parts de marché, contre 9,8 % à la France, selon le SIPRI.

 

Questions fréquentes sur les ventes d’armes de la France

Combien la France a-t-elle vendu d’armes en 2025 ?

Les prises de commandes à l’exportation ont atteint 21,2 milliards d’euros en 2025, après 21,6 milliards en 2024, selon le rapport au Parlement 2026 du ministère des Armées publié le 12 août 2026. C’est le troisième montant le plus élevé jamais enregistré.

Quel est le record historique des exportations d’armement françaises ?

26,9 milliards d’euros en 2022, un niveau porté par la commande de 80 avions de combat Rafale par les Émirats arabes unis. L’année suivante, les prises de commandes étaient retombées à 8,2 milliards d’euros.

Quels matériels français se vendent le mieux à l’export ?

L’aéronautique domine avec environ 40 % des prises de commandes 2025, tirée par le Rafale de Dassault Aviation. Suivent le naval (environ 19 %), les missiles (18 %, en hausse de 15 % sur un an) et les matériels terrestres (12 %).

La France reste-t-elle le deuxième exportateur mondial d’armes ?

Oui, derrière les États-Unis. Sur la période 2021-2025, la France représente 9,8 % des exportations mondiales d’armements majeurs selon le SIPRI. L’Allemagne, avec 5,7 %, est passée quatrième, devant la Chine.