Evergrande : la prison à vie pour Xu Jiayin solde la plus grande faillite immobilière de Chine

Un homme de 67 ans aux cheveux blancs, encadré par deux policiers dans une salle d'audience de Shenzhen : l'image diffusée le 20 août 2026 clôt une décennie d'excès. Xu Jiayin fut l'homme le plus riche d'Asie ; il finira ses jours en prison. Derrière le verdict, c'est tout le modèle de financement de l'immobilier chinois qui est mis en accusation.

Tours de logements inachevées et grues à l'arrêt sur un chantier en Chine

Un homme de 67 ans aux cheveux blancs, encadré par deux policiers dans une salle d’audience de Shenzhen : l’image diffusée le 20 août 2026 clôt une décennie d’excès. Xu Jiayin fut l’homme le plus riche d’Asie ; il finira ses jours en prison. Derrière le verdict, c’est tout le modèle de financement de l’immobilier chinois qui est mis en accusation.

Sommaire

 

Evergrande : ce que le tribunal de Shenzhen a jugé

Le tribunal populaire intermédiaire de Shenzhen a condamné Xu Jiayin — également connu sous le nom cantonais de Hui Ka Yan — à la prison à vie, assortie de la privation de ses droits politiques et de la confiscation de l’intégralité de ses biens personnels. Le fondateur du promoteur avait plaidé coupable en avril 2026 pour une falsification continue et massive des états financiers du groupe, une surévaluation des actifs, une dissimulation des passifs, des levées de fonds et émissions de titres frauduleuses, la prise de contrôle d’établissements financiers par la corruption et des détournements de fonds, commis entre 2016 et 2021.

Les sociétés du groupe écopent d’une amende cumulée de 15,82 milliards de yuans, soit environ 2,3 milliards de dollars : 8,82 milliards imputés à China Evergrande Group et 7 milliards à Evergrande Real Estate Group. Plusieurs dirigeants ont été condamnés dans la même procédure, avec des peines allant de 22 mois à 18 ans de prison ; deux des fils du fondateur, Xu Zhijian et Xu Tenghe, figurent parmi les condamnés. Selon la juridiction, les agissements du groupe ont gravement perturbé le marché immobilier chinois et provoqué des pertes économiques considérables.

Le verdict intervient longtemps après la mort clinique de l’entreprise. Evergrande avait été placée en liquidation par la justice hongkongaise en janvier 2024, avant d’être radiée de la Bourse de Hong Kong en août 2025.

Date Étape
1996 Création d’Evergrande par Xu Jiayin, à Canton
2020 Pékin durcit l’accès au crédit des promoteurs surendettés
2021 Effondrement du groupe, faute de liquidités
Janvier 2024 Liquidation ordonnée par la justice de Hong Kong
Août 2025 Radiation de la Bourse de Hong Kong
Avril 2026 Xu Jiayin plaide coupable
20 août 2026 Prison à vie et 15,82 milliards de yuans d’amende

Une dette adossée à l’argent des acheteurs

Le modèle qui a fait d’Evergrande le premier promoteur privé de Chine tenait en une mécanique simple et parfaitement huilée pendant vingt ans. Les collectivités locales cédaient des terrains en abondance ; les promoteurs finançaient leur expansion avec les fonds versés d’avance par des particuliers achetant sur plan, et non avec leurs propres capitaux. Pour les ménages chinois, privés d’alternatives de placement attractives, le logement était devenu un produit d’investissement plus rentable que l’épargne ordinaire.

Le levier était colossal : le passif du groupe dépassait 300 milliards de dollars en 2020. Cette année-là, l’État s’est alarmé du risque systémique et a imposé des règles coupant l’accès au crédit aux promoteurs les plus endettés. Le tour de vis, plus brutal qu’anticipé, a asséché Evergrande, provoqué son effondrement l’année suivante, puis, par effet domino, celui de dizaines d’autres promoteurs.

Le passif ne s’est pas volatilisé : il s’est matérialisé en béton inachevé. Sur les quelque 1 300 projets du groupe, la majorité n’ont jamais été livrés faute de financement. Le nombre de logements vendus sur plan et jamais achevés est estimé à 1,4 million, selon les évaluations relayées par Le Monde — autant de familles ayant payé un bien qui n’existe pas.

1,4 million de logements payés d’avance et jamais livrés : la dette d’Evergrande ne s’est pas évaporée, elle s’est transformée en béton inachevé.

L’onde de choc Evergrande n’est pas refermée

Cinq ans après le défaut, le marché immobilier chinois n’est pas revenu à l’équilibre. Malgré un assouplissement généralisé des règles d’achat, les ventes de logements restent atones et les prix au mètre carré reculent, selon Le Monde, depuis trente-sept mois consécutifs. La défiance des acheteurs pèse davantage que les incitations publiques : personne ne veut payer d’avance un logement qui pourrait ne jamais sortir de terre.

L’effet le plus lourd se lit dans les comptes publics locaux. Les recettes que les collectivités tiraient de la cession de terrains ont chuté de 52,3 % en 2025 par rapport à 2021, d’après les chiffres cités par Le Monde. Or ces recettes foncières finançaient une part substantielle des infrastructures et des services locaux. À son apogée, l’immobilier pesait selon les estimations entre un quart et un tiers du produit intérieur brut chinois : sa contraction est un choc macroéconomique, pas un accident sectoriel.

Cette faiblesse de la demande intérieure explique en partie pourquoi la croissance chinoise s’appuie désormais sur ses exportations et son excédent commercial plutôt que sur la consommation des ménages. Elle se lit aussi dans les arbitrages des marques étrangères, à l’image de la fermeture du flagship pékinois des Galeries Lafayette.

Vente sur plan : Pékin change les règles du jeu

Le pouvoir chinois a tiré une conclusion du désastre : le préfinancement par les acheteurs doit reculer. Lors d’une conférence nationale sur le logement en décembre 2025, le ministère du Logement et de la Construction urbaine et rurale a plaidé pour un système de vente en l’état, où l’acquéreur obtient ce qu’il voit, afin de prévenir à la racine les risques de non-livraison.

La traduction est déjà concrète. Une trentaine de villes, ainsi que l’ensemble de la province de Hainan, imposent désormais aux promoteurs de commercialiser des logements achevés s’ils veulent accéder à de nouveaux terrains publics. La transition reste toutefois partielle : la vente sur plan représente encore deux tiers des logements neufs, promoteurs privés et publics confondus.

Le pari demeure risqué, y compris pour les acteurs publics. Un programme de standing développé au sud-ouest de Pékin par une entreprise publique municipale a obtenu mi-août 2026 une nouvelle autorisation de vente sur plan pour 730 appartements à environ 5 700 euros le mètre carré — alors que sa première phase, livrée il y a un an et demi, n’a trouvé preneur qu’à 25 %.

Ce que la chute d’Evergrande dit aux investisseurs européens

Pour un investisseur européen, le verdict de Shenzhen n’ouvre aucun guichet d’indemnisation : les créanciers offshore, largement internationaux, se partagent depuis 2024 les reliquats d’une liquidation hongkongaise dont le taux de recouvrement s’annonce marginal. La leçon est ailleurs.

Elle tient d’abord à la qualité de l’information financière : la fraude reconnue portait sur la falsification des comptes, la surévaluation des actifs et la dissimulation du passif. Un bilan publié n’est une donnée fiable que si l’écosystème d’audit et de sanction le rend coûteux à falsifier. Elle tient ensuite au risque politique : c’est une décision réglementaire — la coupure de l’accès au crédit en 2020 — qui a déclenché l’effondrement, pas un retournement de marché. Enfin, la sanction personnelle des dirigeants, jusqu’à la confiscation intégrale du patrimoine, illustre un régime de responsabilité sans équivalent européen, où l’exemplarité pénale sert aussi de signal politique.

L’essentiel à retenir

Xu Jiayin, fondateur d’Evergrande, a été condamné le 20 août 2026 à la prison à vie par le tribunal de Shenzhen, avec confiscation de ses biens ; ses sociétés écopent de 15,82 milliards de yuans d’amende, soit environ 2,3 milliards de dollars. Le groupe, dont le passif dépassait 300 milliards de dollars en 2020, laisse derrière lui un nombre de logements payés et non livrés estimé à 1,4 million. La conséquence durable est budgétaire : les recettes foncières des collectivités locales chinoises ont fondu de 52,3 % entre 2021 et 2025. Pour les investisseurs, le dossier reste un cas d’école sur la fiabilité des comptes publiés et sur le poids du risque réglementaire en Chine.

 

Questions fréquentes sur Evergrande

Pourquoi Xu Jiayin a-t-il été condamné à la prison à vie ?

Pour une série d’infractions financières commises entre 2016 et 2021, reconnues devant le tribunal de Shenzhen : falsification continue et massive des états financiers, surévaluation des actifs, dissimulation du passif, levées de fonds et émissions de titres frauduleuses, corruption visant à prendre le contrôle d’établissements financiers et détournements de fonds. La peine s’accompagne de la privation de ses droits politiques et de la confiscation de tous ses biens personnels.

Quel montant d’amende Evergrande doit-elle payer ?

15,82 milliards de yuans au total, soit environ 2,3 milliards de dollars : 8,82 milliards de yuans pour China Evergrande Group et 7 milliards de yuans pour Evergrande Real Estate Group.

Evergrande existe-t-elle encore ?

Non en tant que société cotée et opérationnelle. La justice de Hong Kong a ordonné sa liquidation en janvier 2024 et le titre a été radié de la Bourse de Hong Kong en août 2025. La procédure de liquidation se poursuit pour le compte des créanciers.

Le marché immobilier chinois s’est-il redressé depuis ?

Pas encore. Malgré l’assouplissement des règles d’achat, les ventes de logements restent faibles et les prix au mètre carré baissent depuis trente-sept mois consécutifs. Les recettes foncières des collectivités locales ont reculé de 52,3 % en 2025 par rapport à 2021.