Gifi et son redressement judiciaire : les banques ferment le robinet, 6 000 emplois en jeu

L'enseigne de bazar fondée en 1981 va demander la protection du tribunal de commerce de Toulouse. Son nouveau patron promet que les magasins restent ouverts, mais les banques ne remettent plus d'argent frais.

Allée d'un magasin de décoration à petits prix
Sommaire
  1. Ce que la direction a annoncé
  2. Quatre dirigeants en deux ans
  3. Les banques ferment le robinet
  4. Les racines de la crise
  5. Et maintenant ?

Gifi redressement judiciaire : ce que la direction a annoncé

C’est une lettre adressée aux salariés, mardi 20 octobre au soir, qui a mis fin aux spéculations. « Pour protéger l’entreprise et poursuivre son activité, nous avons décidé de solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal compétent », écrit Patrick Puy, nouveau président du directoire, dans un message consulté par l’AFP. Le tribunal de commerce de Toulouse, compétent au regard de la taille du réseau, doit être saisi.

Le dirigeant s’est voulu rassurant : la procédure n’entraînera « par elle-même, aucune conséquence immédiate sur l’emploi » et aucun nouveau plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) n’est engagé à ce stade. « Nos magasins restent ouverts. L’activité se poursuit. Vos contrats de travail sont inchangés », a-t-il insisté. Le quotidien Sud Ouest avait avancé, quelques jours plus tôt, l’hypothèse d’un état de cessation de paiements.

L’enjeu dépasse l’enseigne : Gifi emploie près de 6 000 personnes en France, pour un réseau d’environ 500 magasins (513 selon Capital), et son siège de Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, en rassemble environ 600, selon La Dépêche.

Quatre dirigeants en deux ans : la valse d’une enseigne en crise

Patrick Puy a pris les commandes le 12 octobre. Il est le quatrième dirigeant en moins de deux ans. Selon l’AFP, il a dirigé par le passé nombre d’entreprises en crise, de Moulinex-Brandt à Vivarte en passant par Go Sport ; BFM Business le présente comme un « spécialiste du redressement d’entreprises ». Il succède à Rémy Lecomte, arrivé au début de l’année et écarté par le conseil d’administration, lui-même venu après Christophe Mistou, resté cinq mois, rapporte Capital.

Le fondateur, Philippe Ginestet, qui a créé l’enseigne en 1981, s’est mis en retrait à la fin de 2024. Le 6 octobre, les élus du personnel avaient déclenché une procédure de droit d’alerte économique pour obtenir des explications sur la situation du groupe, selon La Dépêche.

« Il va certainement falloir redimensionner l’entreprise, mais je suis convaincu que cette enseigne n’est pas morte. »

— Guillaume Lepers, maire de Villeneuve-sur-Lot, cité par l’AFP

Les banques ferment le robinet

La situation financière explique le recours à la procédure. En 2025, les banques créancières, dont BNP Paribas et le Crédit agricole, étaient entrées à hauteur de 40 % au capital en échange d’un effacement partiel de la dette et d’un apport de près de 100 millions d’euros, d’après Capital. Le Monde évoque un effacement de 470 millions d’euros de dettes l’an dernier, et indique que les banques ont depuis renoncé à apporter de l’argent frais.

Selon des informations de Libération relayées par Capital, elles auraient refusé de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires, alors que l’enseigne ne disposerait plus que d’environ trois mois de trésorerie. La Dépêche évalue les pertes de 2025 à une centaine de millions d’euros, en précisant que ce chiffre reste une estimation.

Repère Donnée
Salariés en France environ 6 000
Magasins environ 500 (513 selon Capital)
Part des banques au capital 40 % (depuis 2025)
Refus de financement rapporté 50 millions d’euros
Trésorerie restante (Libération) environ trois mois

Informatique, Action et Temu : les racines de la crise

Selon l’AFP, les ennuis ont commencé avec un changement de système informatique raté en 2023. S’y est ajoutée la pression d’autres enseignes de bazar, comme Action ou Maxibazar, et de plateformes en ligne comme Temu. Dans sa lettre, Patrick Puy souligne aussi que « le marché s’est nettement dégradé au cours de l’été ».

Les tentatives de redressement n’ont pas suffi. En 2025, Gifi avait envisagé de réduire ses effectifs de 5 %, avant d’abandonner ce plan. L’enseigne vend aujourd’hui une trentaine de magasins à Grand Frais, avec maintien des postes (32 sur 500 selon BFM Business). Une promesse de vente a aussi été signée avec le groupe allemand Merkur pour sa filiale de casinos Casigrangi, mais une source citée par BFM juge qu’elle représente « quelques dizaines de millions d’euros », là où il en faudrait « quelques centaines » pour redresser le groupe.

Cette défaillance s’ajoute à celles d’autres acteurs de la distribution ces dernières semaines, comme Office Depot France.

Redressement judiciaire : et maintenant ?

Le tribunal doit désormais ouvrir une procédure qui gèle les dettes le temps de bâtir une solution : redressement avec plan, ou cession à un ou plusieurs repreneurs. La Dépêche indique que la procédure devrait, selon toute vraisemblance, s’accompagner d’un PSE, ce que la direction ne confirme pas à ce stade. Les élus locaux suivent le dossier de près : la députée Émeline Rey et le maire ont échangé avec le cabinet du ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, et l’édile dit vouloir « se battre jusqu’au bout » pour que la centrale d’achat reste à Villeneuve-sur-Lot.

Pour les salariés, comme pour les fournisseurs et bailleurs de l’enseigne, les prochaines semaines seront décisives : de la solidité du plan présenté dépendront le nombre de magasins conservés et celui des emplois sauvés.

L’essentiel à retenir

Gifi va demander son redressement judiciaire au tribunal de commerce de Toulouse, a annoncé le 20 octobre Patrick Puy, quatrième dirigeant en deux ans. 6 000 salariés et environ 500 magasins sont concernés. Les banques, entrées au capital en 2025, auraient refusé 50 millions d’euros supplémentaires. Les magasins restent ouverts et aucun nouveau PSE n’est engagé à ce stade.

 

Questions fréquentes sur Gifi

Que signifie le redressement judiciaire pour Gifi ?

C’est une procédure qui place l’entreprise sous la protection du tribunal de commerce, ici celui de Toulouse, afin de poursuivre son activité pendant qu’une issue est recherchée : plan de redressement ou cession. Selon la direction, les magasins restent ouverts et les contrats de travail sont inchangés.

Les magasins Gifi vont-ils fermer ?

Pas à ce stade. Patrick Puy affirme que « nos magasins restent ouverts » et qu’aucun nouveau plan de sauvegarde de l’emploi n’est engagé. L’avenir du réseau, de l’ordre de 500 magasins, dépendra du plan que le tribunal examinera.

Combien de salariés sont concernés ?

Environ 6 000 salariés en France, dont près de 600 au siège de Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, selon l’AFP et La Dépêche.

Pourquoi Gifi est-il en difficulté ?

Les sources citent un changement de système informatique raté en 2023, la concurrence d’enseignes comme Action ou Maxibazar et de plateformes comme Temu, puis un marché qui s’est nettement dégradé au cours de l’été, selon la direction.