Prix des carburants : une intuition d’automobiliste mise à l’épreuve
C’est l’une des convictions les mieux partagées d’Europe : à la pompe, les prix des carburants grimperaient comme une fusée et redescendraient comme une plume. Les économistes ont même donné un nom à ce soupçon — l’effet « Rockets and Feathers ». Reste à savoir s’il résiste aux données.
C’est précisément la question que la ministre portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, a posée le 15 juillet à l’ERSE, le régulateur national des services énergétiques. Sa réponse est tombée le 14 août. Elle ne va pas dans le sens de l’opinion publique.
Ce que le régulateur a réellement mesuré
L’étude porte sur la formation et l’évolution des prix des carburants routiers au Portugal continental, sur une fenêtre longue : du 1er janvier 2023 au 27 juillet 2026, soit plus de quarante-trois mois. Assez pour lisser les accidents de marché et isoler un comportement structurel.
Premier enseignement, technique mais décisif : les prix à la pompe ne suivent pas le baril de Brent, contrairement à ce que suggèrent les journaux télévisés. Ils sont indexés sur les cotations internationales de l’essence et du gazole déjà raffinés. L’évolution des prix portugais, écrit l’ERSE, s’explique donc avant tout par celle de ces cotations — un décalage qui suffit à expliquer bien des incompréhensions.
Second enseignement, le cœur du sujet : l’asymétrie tant dénoncée n’apparaît pas dans les chiffres. Selon le régulateur, dès le lundi, 96 à 97 % de l’ajustement estimé pour la fin de la semaine sont déjà répercutés — que les cotations montent ou qu’elles baissent.
« Les résultats ne corroborent donc pas l’existence d’un effet « Rockets and Feathers » persistant : hausses et baisses commencent à se répercuter sur la même période. »
— ERSE, Entité de régulation des services énergétiques (Portugal)
Une nuance subsiste pour le gazole, dont la baisse est initialement un peu moins marquée. Mais l’écart, précise le document, cesse d’être statistiquement significatif au bout de quatre semaines. Conclusion du régulateur : rien n’établit que les baisses soient répercutées de façon durablement plus lente que les hausses.
Pas de preuve d’opportunisme — mais une précaution méthodologique
Le verdict sur les compagnies pétrolières est du même ordre. L’ERSE indique n’avoir trouvé aucune preuve d’opportunisme de la part des opérateurs. Elle relève même que les prix effectivement payés par les automobilistes, remises comprises, se situent en dessous du « prix efficient » qu’elle calcule à partir des cotations internationales.
Le régulateur prend toutefois soin de poser une limite que peu de reprises médiatiques ont retenue :
« Ces résultats sont agrégés et ne permettent pas d’évaluer le comportement ou les bénéfices de chaque entreprise individuellement », écrit-il. Autrement dit : l’absence de dérive généralisée n’exclut pas des situations ponctuelles. Ce que l’étude écarte, c’est la thèse d’une hausse coordonnée des marges à la faveur de la conjoncture — pas l’existence de cas particuliers.
Pourquoi le plein coûte plus cher au Portugal qu’en Espagne
Reste l’énigme qui alimente le trafic frontalier : pourquoi tant de Portugais traversent-ils la frontière pour faire le plein ? La réponse de l’ERSE tient en un mot — la fiscalité.
Hors taxes, selon le régulateur, les carburants espagnols sont en réalité plus chers que les carburants portugais, à l’essence comme au gazole. C’est l’application des taxes qui inverse complètement le classement et rend le plein sensiblement plus coûteux côté portugais. Le régulateur ajoute que, sur la période analysée, la charge fiscale portugaise est restée constante en euros par litre — à la différence de la trajectoire espagnole.
Rapportés à l’ensemble de l’Union, les prix portugais, avec comme sans taxes, ont évolué en ligne avec la moyenne européenne et celle de la zone euro. Une convergence qui rappelle que les écarts nationaux se jouent moins sur les marges des distributeurs que sur les arbitrages budgétaires des États — la même mécanique qui avait conduit Rome à ressortir l’arme de l’accise mobile sur l’essence à la fin juillet.
Une accalmie déjà terminée
Le calendrier n’aide pas les automobilistes portugais. L’étude paraît au moment même où les prix repartent à la hausse.
Pour la semaine du 17 au 23 août, l’Automóvel Club de Portugal (ACP) anticipe une progression de 10 centimes sur le gazole et de 9 centimes sur l’essence. Si la prévision se vérifie, le litre de gazole atteindrait 2,068 euro et celui de l’essence 95 1,977 euro, effaçant la baisse de la semaine précédente. Ces projections restent suspendues à la clôture des marchés, et les tarifs varient d’un opérateur et d’une station à l’autre.
Un amortisseur existe : le gouvernement portugais s’est engagé à appliquer une réduction extraordinaire et temporaire de l’ISP, la taxe sur les produits pétroliers, chaque fois que la hausse constatée dépasse 10 centimes par litre. Une réponse fiscale, là encore — cohérente avec le diagnostic du régulateur, qui renvoie l’essentiel du débat vers l’État plutôt que vers les pompes.
La volatilité, elle, ne devrait pas retomber de sitôt : elle reste alimentée par le conflit au Moyen-Orient et par les restrictions de circulation dans le détroit d’Ormuz, dont les effets se propagent bien au-delà du calibrage de la production de l’OPEP.
Le régulateur portugais ERSE a publié le 14 août 2026 une étude couvrant janvier 2023 à juillet 2026 : elle ne trouve aucune trace d’effet « Rockets and Feathers » ni d’opportunisme des opérateurs, les hausses et les baisses se répercutant sur la même période. L’écart de prix avec l’Espagne s’explique par la fiscalité, non par les marges. Attention toutefois : les résultats sont agrégés et n’excluent pas des situations individuelles. Prochaine échéance concrète — l’ACP anticipe +10 centimes sur le gazole et +9 sur l’essence pour la semaine du 17 au 23 août.
Questions fréquentes sur les prix des carburants
Qu’est-ce que l’effet « Rockets and Feathers » ?
C’est l’asymétrie supposée par laquelle les prix à la pompe augmenteraient rapidement quand les cotations internationales montent (« comme une fusée »), mais baisseraient lentement quand elles reculent (« comme une plume »). L’étude de l’ERSE ne met pas en évidence cet effet de manière persistante au Portugal.
Les prix à la pompe suivent-ils le cours du baril de Brent ?
Non, pas directement. Selon l’ERSE, ils sont indexés sur les cotations internationales de l’essence et du gazole déjà raffinés, ce qui explique les décalages perçus avec les variations du brut.
Pourquoi le carburant est-il moins cher en Espagne qu’au Portugal ?
À cause de la fiscalité. Selon l’ERSE, hors taxes les prix espagnols sont plus élevés que les prix portugais ; c’est l’application des taxes qui inverse le classement au détriment du consommateur portugais.
Que prévoient les prix des carburants pour la semaine du 17 août 2026 ?
L’Automóvel Club de Portugal anticipe une hausse de 10 centimes sur le gazole et de 9 centimes sur l’essence, portant le gazole à 2,068 euro le litre et l’essence 95 à 1,977 euro, sous réserve de la clôture des marchés.






