L’essentiel à retenir
- Le nombre de milliardaires en Europe passera de 780 en 2026 à 994 en 2031, soit +27 % en cinq ans, selon le Wealth Report 2026 de Knight Frank.
- La Pologne double presque son contingent : 13 milliardaires en 2026, 29 attendus en 2031, soit la plus forte progression européenne (+123 %).
- Trois des quatre pays européens à la croissance la plus rapide sont nordiques : Suède (+81 %), Danemark (+75 %) et Norvège (+53 %).
- L’Amérique du Nord reste première en valeur absolue (1 089 milliardaires attendus en 2031) mais voit pour la première fois sa part mondiale reculer, de 31 % à 27,8 %.
Un boom mondial : 3 915 milliardaires attendus en 2031
Le calcul tient en quelques chiffres. La planète comptait 2 723 milliardaires en dollars en 2021. Cinq ans plus tard, ils sont 3 110, soit une progression de 14 %. Et le mouvement s’accélère : selon la vingtième édition du Wealth Report publiée fin avril par le cabinet de conseil immobilier Knight Frank, leur nombre devrait grimper de 26 % au cours des cinq prochaines années, pour franchir la barre des 3 915 individus en 2031.
L’analyse, qui s’appuie sur le modèle interne de Knight Frank et croise les données de Forbes, des registres officiels et des estimations de patrimoine privé, distingue l’évolution région par région. Et les résultats redessinent une géographie de la fortune où l’Amérique du Nord ne pèse plus à elle seule l’essentiel de la dynamique.
Milliardaires en Europe : la Pologne en tête, les pays nordiques à l’unisson
Sur le Vieux Continent, la photographie du modèle Knight Frank est éloquente. L’Europe verra son contingent de milliardaires gonfler de 780 à 994 en cinq ans, soit 214 nouveaux profils ultra-fortunés. Et la croissance n’est pas uniformément répartie.
La Pologne tire la dynamique. Son nombre de milliardaires devrait plus que doubler, passant de 13 à 29 — soit une progression de 123 %, la plus forte d’Europe. La trajectoire reflète l’ascension économique d’un pays devenu en deux décennies le sixième PIB de l’Union européenne, doublé d’un terreau favorable à l’émergence de fortunes industrielles dans la logistique, la chimie spécialisée et le numérique B2B.
Trois des quatre pays européens à la croissance la plus rapide sont nordiques. La Suède figure en deuxième position européenne — et même troisième mondiale —, avec 81 % de hausse, de 32 à 58 milliardaires. Le Danemark suit (+75 %, de 12 à 21), puis la Norvège (+53 %, de 17 à 26). L’écosystème nordique combine un tissu industriel exportateur, des géants du capital-risque tech (Klarna, Spotify, Northvolt) et des fonds souverains qui cristallisent les capitaux.
| Pays européen | Milliardaires 2026 | Milliardaires 2031 | Progression |
|---|---|---|---|
| Pologne | 13 | 29 | +123 % |
| Suède | 32 | 58 | +81 % |
| Danemark | 12 | 21 | +75 % |
| Norvège | 17 | 26 | +53 % |
| Autriche | 12 | 18 | +50 % |
| Espagne | n.c. | 53 | +40 % |
| Italie | 61 | 82 | +34 % |
Les grandes économies que sont l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France n’apparaissent pas dans le palmarès des pays à la croissance la plus rapide, ce qui ne signifie pas qu’elles s’effondrent : leurs contingents sont déjà élevés, et la base d’effet réduit mécaniquement le pourcentage. Selon les chiffres Forbes 2025 cités par Knight Frank, l’Allemagne dominait l’Europe avec 171 milliardaires.
L’Amérique du Nord cède du terrain : la fin d’un cycle ?
Globalement, l’Asie-Pacifique reste première : ses 1 116 milliardaires représentent 36 % du total mondial en 2026. Les Amériques captent 34 % (dont 31 % pour l’Amérique du Nord et 3 % pour l’Amérique latine), et l’Europe environ 25 %.
L’Amérique du Nord gagne encore des milliardaires en valeur absolue, mais perd pour la première fois en parts de marché : la fortune mondiale se diversifie géographiquement.
Le regard projeté à 2031 modifie la hiérarchie. L’Amérique du Nord verra son nombre de milliardaires progresser de 995 à 1 089. Mais sa part mondiale reculera de 31 % à 27,8 %. Elle est la seule grande région à voir son poids relatif décroître — un signal mesuré mais notable, qui matérialise statistiquement la diversification des centres de richesse dans le monde.
L’Europe, à l’inverse, gagne très légèrement en parts de marché — de 25 % à 25,4 % — grâce à une dynamique tirée par sa périphérie orientale et nordique plus que par son cœur historique. Hors d’Europe, la dynamique la plus spectaculaire vient d’Arabie saoudite, dont le nombre de milliardaires est attendu en hausse de 183 % (de 23 à 65) sous l’effet de la stratégie Vision 2030. L’Inde compterait quant à elle 313 milliardaires en 2031, l’Australie et Singapour 85 chacun.
Une géographie de la fortune plus fragmentée
Pour Knight Frank, la cause profonde tient autant à la diversification des moteurs économiques qu’à un changement dans la stratégie patrimoniale des grandes fortunes elles-mêmes. Les family offices les plus structurés répartissent désormais leur patrimoine entre plusieurs pôles, généralement en Amérique, en Europe et en Asie-Pacifique. Cette diversification est motivée, selon les auteurs du rapport, par un besoin profond de sécurité juridique et de respect de l’État de droit.
L’effet est paradoxal pour le Royaume-Uni. Malgré une fiscalité jugée lourde et une instabilité politique persistante, certaines grandes fortunes continuent d’affluer à Londres, perçue comme une place où la sécurité juridique reste forte. Mais le rapport rappelle aussi qu’à l’inverse, certains investisseurs commencent à voir l’Europe comme « un musée, pas un endroit où investir » — la formule, attribuée à un milliardaire australien du secteur minier, est crue mais résume une critique récurrente sur la lenteur réglementaire du Vieux Continent face à l’agilité asiatique ou nord-américaine.
La structure même de la fortune se transforme. Les actifs alternatifs — capital-investissement, dette privée, fonds infrastructure, actifs numériques — captent une part croissante des allocations des UHNWI (ultra-high-net-worth individuals, soit les particuliers détenant un patrimoine de plus de 30 millions de dollars). En cinq ans, leur part dans les portefeuilles a doublé pour atteindre près d’un cinquième du total selon Knight Frank, soit autant que les actions cotées dans certains profils.
Ce que cela change pour l’Europe
Pour le Vieux Continent, l’enjeu pratique est moins symbolique qu’il n’y paraît. Les milliardaires alimentent un écosystème : ils financent du capital-risque, fondent des family offices qui recrutent des centaines de gérants d’actifs, ouvrent des résidences principales et secondaires qui structurent les marchés immobiliers haut de gamme — Knight Frank, dans le même rapport, anticipe par exemple un boom du logement de luxe à Lisbonne, Stockholm et Athènes.
La cartographie 2031 dessine une Europe à plusieurs vitesses. À l’ouest, des fortunes anciennes nombreuses mais à croissance lente. À l’est et au nord, une nouvelle génération d’industriels et de fondateurs tech qui rejoignent les milliardaires consacrés. C’est ce relais nord-oriental qui empêche le Vieux Continent de décrocher dans la course mondiale, alors que l’Asie-Pacifique consolide sa place de premier réservoir et que l’Amérique du Nord s’apprête, pour la première fois, à reculer en parts.






